A PROPOS

Je suis de gauche depuis l'enfance.Je suis membre de la CFDT depuis 2008.


lundi, avril 24, 2017

La fin d'une ère, mais le début d'une autre : la gauche et le socialisme

Le dimanche 23 avril 2017 a été un jour, on ne peut plus clair, de défaite de la gauche. Le Parti Socialiste et son candidat, Benoît Hamon, ont été lourdement sanctionnés par le scrutin populaire, avec 6,3%.
La gauche de la gauche, que l'on pourrait désigner par le nom de néo-communiste, soutenue par le Parti Communiste Français, mais aussi le Parti de Gauche, a réalisé, il convient amplement de le reconnaître, un score remarquable avec 19,2%. Ceci représente, si on ne compte pas l'extrême-gauche trotskiste, un total de 25,5%.

POURQUOI Y AVAIT-IL DEUX CANDIDATS ?
Le Parti Socialiste, mais également les Verts et le Parti Radical de Gauche qui soutenaient Benoît Hamon, ont toujours eu des positions pro-européennes ; certes depuis le Référendum de 2005, une partie de la gauche a compris qu'une critique constructive et une étape alternatives devenaient nécessaires. La gauche « non néo-communiste » commence à comprendre qu'on ne peut que sortir du « consensus européen à droite », mais en même temps elle détenait une difficulté légitime à s'unir avec Jean-Luc Mélenchon, eurosceptique et davantage héraut d'un souverainisme modéré.

Le choix personnel de Jean-Luc Mélenchon, au grand dam du Parti Communiste en février 2016, sur une logique de « révolution démocratique » a eu raison des critiques portées par le PCF, qui s'est finalement rallié de peu au tribun de la gauche de la gauche avec 53% en novembre 2016. Jean-Luc Mélenchon avait donc choisi depuis le début la voie de la rupture.

POURQUOI LA GAUCHE A ECHOUE (ET A CE POINT LA) ?
On peut estimer partir du soir du 29 janvier 2017, que la logique social-libérale, d'inspiration schröderienne a été battue en brèche, avec le rejet de Manuel Valls (et donc de François Hollande). De fait, cela a coupé la gauche socialiste des 8 points nécessaires, pour pouvoir espérer être au second tour. Quant bien-même un tout premier sondage avait mis Benoît Hamon entre 17 et 18% pour le premier tour, la réalité pendant longtemps de ce que valait le candidat socialiste tournait autour des 14%.
Cela veut dire que les électeurs socialistes de tendance social-libérale, davantage proches du centre-droite humaniste et modéré d'Emmanuel Macron, devaient représenter ces 8 points, désormais imprenables par Benoît Hamon.
Partons donc de la logique des 14% de Benoît Hamon et donc des 10 à 11% de Jean-Luc Mélenchon, son socle électoral de 2012. Benoît Hamon, si on suit la logique-mais cette élection hors-norme, a cassé la logique habituelle de la V°République depuis 1974-aurait pu atteindre cette ligne de 14%. La dynamique du candidat socialiste/écologiste/radical de gauche a été sacrément ralentie par le lâchage d'une partie des personnalités du PS qui n'ont pas tenu leur engagement de la Primaire et donc le « vote utile » a joué à plein pour Jean-Luc Mélenchon. En outre, l'image globale du Parti Socialiste est désastreuse auprès des électeurs de gauche.

Ainsi, Benoît Hamon a porté, malgré lui, le bilan de François Hollande, pour le moins, contrasté. François Hollande a porté des mesures de fond qui ont porté leurs fruits (éducation, questions sociétales, santé, défense) mais d'autres, largement insuffisantes du point de vue socio-économiques (CICE, loi Macron 1, hausses d'impôts très fortes sur les classes moyennes et le haut des classes populaires). Le président sortant a pêché par un fort manque de lisibilité, en franchissant des lignes rouges, normalement infranchissables dans une logique socio-culturelle de la gauche française : la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux, heureusement abandonnée, signifiait « on abandonne l'égalité entre citoyens et on discrimine, par rapport à l'origine et une double-nationalité, alors que traditionnellement un criminel français est un criminel français, géré par la justice et le système pénitentiaire français, ce jusqu'à la fin de sa peine, peu importe le fait qu'il ait une double nationalité». La peine qui existe, en cas de trahison à son pays, est celle de l'indignité nationale.

L'autre franchissement de ligne rouge qu'a produit, François Hollande et qu'a dû assumer de facto Benoît Hamon, est la Loi El Khomri. Pour la première fois , depuis la période contemporaine et la naissance du socialisme (vers les années 1820), en France, un dirigeant socialiste a émis une position libérale-économique concernant la question du Code du Travail et finalement du rapport entre l'employé et le patron. La gauche a toujours porté l'idée qu'un jour, l'égalité employé/patron doit advenir, or avec cette loi d'inspiration schröderienne (qui n'est pas partie prenante de la socio-culture majoritaire de la gauche française), François Hollande a tranché du côté du patronat et du MEDEF.
On peut ajouter que demeuraient de manière indélébile les nombreux cafouillages gouvernementaux et l'affaire Cahuzac, dans la balance de ce bilan du quinquennat Hollande.

L'image du Parti Socialiste, quant à lui, a desservi fortement Benoît Hamon. Ce parti a montré depuis une vingtaine d'années, une image de parti sclérosé (technocratisation hors-sol d'une partie des élus nationaux, baisse record des adhésions dans un parti censé représenter le peuple et représentant ainsi de moins en moins les Français,...). Le Parti s'est éloigné des préoccupations des classes moyennes et populaires. Enfin, le Parti Socialiste n'a pas daigné élaborer de la pensée philosophique et idéologique nouvelle et cohérente, depuis la Chute du Mur en 1989, or c'est le rôle d'un parti intellectuel de gauche tel qu'est le Parti Socialiste. Ce parti tournait donc à vide depuis près de 25/30 ans. Il a fallu attendre le frémissement de la Primaire, pour revoir une idée nouvelle et forte quant à l'organisation sociale, le Revenu Universel, mais peut-être pas suffisamment cadrée à temps pour marquer la majorité des esprits des gens de gauche.

POURQUOI Y A T-IL MATIERE A ESPOIR ?
Reconnaissons que les 19,2% de Jean-Luc Mélenchon et l'arrivée en 4e position, limite 3e position, démontre que la gauche claire et nette, attire du monde et n'est pas du tout un signe d' « archaïsme ». Il est vrai que notre pays, pays de la Révolution Française, des Ateliers Nationaux de 1848, de la Commune et des Congés Payés de 1936, ne peut se résigner à un paysage politique partagé entre les 3 droites : la modérée et libérale, la réactionnaire, l'extrême-droite nationaliste. Il existe définitivement de la place pour la gauche dans une assemblée et un gouvernement.

QUELLES PEUVENT ETRE ET DOIVENT ETRE LES PERSPECTIVES POUR LA GAUCHE, DESORMAIS, APRES CE 23 AVRIL 2017 ?
L'ère du 2e Parti Socialiste, celui d'Epinay depuis 1971, semble à jamais révolue et les citoyens ont acté qu'il convenait de tourner une page, dans l'histoire de la gauche française. Qu'en sera t-il d'une future formation à gauche ? Une page blanche est à écrire.
Les communistes, les écologistes et les socialistes vont pouvoir, et ce sera préférable, discuter ensemble pour refonder la gauche, en se mettant d'accord sur les questions sociales, économiques, écologiques mais aussi sur l'Europe, car la gauche historiquement est internationaliste. La gauche a bien souvent mis en avant la paix et le mieux-disant social, pour le monde entier et recherché des constructions continentales et internationales. La période qui s'ouvre, va être passionnante politiquement.

mercredi, mars 29, 2017

Nouvelles perspectives, nouvelle gauche, pourquoi je soutiens Benoît Hamon et je m'offusque du refus d'une ligne claire

Il y a déjà près de deux ans, après la lassitude, après la tentative de me dire "Bon, il faut savoir faire des compromis, la trésorerie des PME est vraiment dans des états peu enviables" ou "mais bon, nos députés vont trouver la voie médiane et juste, celle de la responsabilisation [comme la proposition de Pierre-Alain Muet, qui a demandé des contreparties au patronat, pour le CICE]", je me suis dit que l'on avait fait le Congrès du Parti Travailliste britannique de 1994, sans nous le dire.
Là, ça n'est pas passé. Ni la position apeurée et non assumée (agaçante, pas crédible et offensante) de laisser la discrimination pour le don du sang, au lieu de stocker 3 mois, après les batteries de test, pour tout le monde, pour éviter tout danger de contamination.
Et encore moins la Loi Travail et la tentative d'introduction de la déchéance pour les bi-nationaux (je suis pour l'indignité nationale sans distinction de ressortissant mono-national, bi-national ou pluri-national, comme la loi le permet déjà).

J'avais mis un trait à mon engagement dans ma maison philosophique, à laquelle j'étais viscéralement attaché, car "la religion de l'Humanité" comme le dit Pierre Leroux, philosophe français du XIX° siècle, du socialisme, sans que je le vois comme une chapelle pontificale dotée d'une Infaillibilité dogmatique, au grand Dieu, non jamais. Ceci demeure pour moi un Pilier de philosophie fondamental tel qu'un monument livresque: comme un "Eloge de la folie" d'Erasme, un "Discours de la Servitude volontaire" de La Boétie, un "De l'Esprit des Lois" de Montesquieu ou bien encore une "Critique de la Raison pure" d'Emmanuel Kant: une référence philosophique incontournable, telle l'idée de la République l'est également. Sans toutefois s'interdire la critique et à la capacité à reconstruire encore et encore la Maison.

Les Primaires m'ont éveillé, mis loin de mon sommeil engourdi du milieu militant et la victoire de Benoît Hamon, même si j'ai soutenu Arnaud Montebourg, m'a ravi. Pourquoi? Puisque, pour la première fois depuis 1989, et même depuis 1993 et les Etats Généraux de la Gauche en France, on a repensé le socialisme et même le socialisme écologique, pouvons-nous dire désormais.
Le débat peut prendre place à partir de ces dernières semaines, et il n'est pas fini. Les travaux de l'esprit et du concret sont loin d'être achevés! C'est une excellente nouvelle que cette ré-ouverture du Grand Livre de la philosophie socialiste !! ^^ (Analogie à la Bonne Parole, "eu vangelos" ou à la ré-ouverture de l'Ijtihad: interprétation des Ecritures; sauf que là, c'est l'Homme et lui seul qui écrit, pour sa Liberté et son Emancipation).

Je peux comprendre qu'on n'accroche pas à Benoît Hamon. Toutefois l'essentiel est en jeu: la République elle-même (contre les forces obscures de la réaction et du repli nationalistes ou de la réaction hyper-conservatrice), sa rénovation (la VI° République salutaire, avec la V° République plus que maladive) et l'affirmation que la gauche/écologie est de gauche et pour la Transition énergétique et écologique.
Je n'ai jamais été du soutien précoce et massif, ou encore grandiloquent aux Frondeurs. Je préfère le "linge sale lavé en famille" et le compromis clair et juste avant le vote des Lois. Seulement, disons-le franchement, et clairement. Manuel Valls n'a jamais laissé place au moindre jeu entre deux cloisons à un début de compromis avec tous les membres Député-e-s de la Majorité législative. Or c'est son erreur fondamentale de leadership. A gauche, on se soumet volontairement et par Raison à la discussion, quitte à ne pas avoir la main et Ensuite, seulement ensuite, on applique la solidarité à la décision prise par le Parti et conjointement par le Gouvernement/Assemblée. C'est comme cela que ça marche dans tous les Partis Sociaux-Démocrates/Socialistes des démocraties dans le monde, il n'y aucune raison que le PS français, y sursoit. Le caporalisme n'a pas lieu d'être à gauche, tout Citoyen est égal à un/e Député/e, tout/e Député/e est égal/e à un/e Ministre. La Raison fait ordre et classification, c'est suffisant, entre adultes responsables. Seulement avec la Loi Travail, qu'on le veuille ou non, élus, citoyens sympathisants socialistes, François Hollande a singulièrement dévié de son programme et sa ligne de 2012, avalisée par le Parti. Il fallait la Dissolution et tant pis si on perd le pouvoir. On n'a pas le Pouvoir pour le Pouvoir, surtout pour ne pas en faire plus que le minimum correct moins les difficultés. Le bilan est passablement honorable, mais en deçà largement du "très correct". Certes, les résultats sont très difficiles à obtenir, certes il n'y a pas de baguette magique, mais respecter au moins la sincérité.:

-"Bon très bien, je me suis lourdement trompé avant 2012, je pensais que nous étions encore dans un cycle de croissance à venir, dans un modèle néo-industriel de la 2e génération bis [celle d'après 1945]; les finances et l'état économique sont à un point tel qu'il faut voir ce que nous devons faire, sans toutefois s'attaquer au Code du Travail, car les problèmes ne sont pas là; en revanche s'acheminer vers la priorité des PME et TPE qui forment 80% de notre tissu industriel et assumer face à l'Allemagne de faire une pause des Traités. Sauf si l'Allemagne veut prendre en charge la moitié de notre budget militaire, Nous qui sommes la Première Puissance militaire de l'UE et donc l'Egale de l'Allemagne. Je dissous donc l'Assemblée nationale et j'en appelle à une Assemblée bicamérale: une Convention pour préparer une Nouvelle Constitution, que je ferai mettre en place, après référendum (dès l'automne 2012) et une Assemblée des affaires courantes qui s'attardera sur uniquement la Réforme fiscale et bancaire ainsi que sur le Mariage Pour Tous+ PMA, avant la dissolution d'ici un an".

Voilà le discours de Vérité que j'aurais voulu entendre de mon Président et camarade François Hollande. Il a préféré Venise, ses tentations et ses Masques du Mentir Vrai. Comédie réaliste, colorée, mais quelque peu guignolesque. C'est bien dommage. Cela n'enlève rien à la partie de son bilan positif, qui existe, mais qui représente moins de 50% de la valeur de son Quinquennat. Soyons honnêtes et lucides. Sinon, lui-même n'en aurait pas tiré les conséquences, ce jeudi 1er décembre de l'année 2016, après avoir vécu pourtant et tenu face à la guerre au Mali, en Centrafrique et trois tragiques attentats de masse, qui ont endeuillés et fait verser le sang dans notre pays.

La gauche a besoin de se reconstituer, la trahison de Manuel Valls, qui était attendue depuis plusieurs semaines, quitte à se dédire de sa parole "Je serai loyal à mon engagement pris lors des Primaires", montre bien qu'un nouveau Parti à la fois socialiste, écologiste et communiste, peu importe le nom est nécessaire. Et l'on voit bien que la nouvelle droite,la ligne d'Emmanuel Macron, ne peut servir de cœur de ligne à ce Parti. Si les baisses d'impôts sont le cadeau faits aux classes moyennes et populaires comme redistribution du pouvoir d'achat, la rançon de cela c'est la rigueur libérale (austérité à la française, mais comment pouvoir penser cela, alors que nos Services publics nationaux comme territoriaux répondent à de vrais besoins qui sont croissants? Certes, on peut rationnaliser les coûts, on peut trouver des équilibrages, mais on ne peut rogner sur l'essentiel; cela pose la question du fédéralisme en France d'ailleurs, pour ne pas citer une de mes marottes, pourtant , je pense, indispensable à notre pays. La Fédération des Communes ou des Collectivités, associée à un Nouveau Contrat Social démocratique et  est une idée juste, je le pense depuis que j'ai travaillé sur Pierre-Joseph Proudhon).
J'affirme qu'il faut donc la clarté, une Ligne Claire. Non pas Bad Godesberg ou Blackpool (Premier Congrès travailliste en octobre 1994, depuis l'élection de Tony Blair à la tête du Labour en juillet 1994). Mais Glasgow, le retour aux fondamentaux (comme celui de l'Ecossais et syndicaliste Keir Hardie , fondant le Parti Travailliste d'Ecosse en 1888, résolument non-révolutionnaire, radicalement socialiste et parlementaire).
Que l'Europe est une perspective internationaliste nécessaire et juste, que le chemin que suivent Martin Schulz avec le SPD, Jeremy Corbyn avec le Labour, Antonio Costa et le gouvernement de gauche au Portugal, ou même encore Pedro Sanchez au PSOE et Pablo Iglesias avec Podemos et bien-sûr le chemin tracé par Bernie Sanders aux Etats-Unis,  sont les ponts que nous pouvons et que nous devons construire pour un monde plus juste.

Ce sont donc pour ces raisons, que je soutiens Benoît Hamon. Parce que Thomas Piketty, Jean Jouzel et Eric de Montgolfier me semblent d'excellents penseurs (et qu'ils le soutiennent). Parce que je crois sincèrement que Jeremy Rifkin a globalement raison avec la 3e Révolution industrielle qui se voudra écologique. Je soutiens donc Benoît Hamon, dès le premier tour des Présidentielles, pour le 23 avril 2017. Je refais mienne la Maison de mes pensées (le socialisme et son Parti), en attendant qu'elle s'élargisse, après travaux et qu'elle prenne une nouvelle forme.



dimanche, novembre 27, 2016

Perspectives européennes, ukrainiennes et russes

Cela fait trois ans, que la révolte de Maïdan (la grande place centrale de Kiev, en Ukraine- maidan, voulant dire "place" en ukrainien, mot emprunté au turc, les langues turques étaient présentes depuis le Moyen-Age sur la côte ukrainienne actuelle et on retrouve des populations turciques dans le Budjak, la région d'Izmail, ancienne Bessarabie du sud, et aussi bien-sûr avec les Tatars de Crimée) a eu lieu en Ukraine, et principalement à Kiev, en novembre 2014.

En novembre 2016, la situation est bloquée, l'Ukraine a perdu la Crimée qui a été annexée en mars 2014, un jour après la proclamation de l'indépendance de la République autonome ukrainienne de Crimée. Rappelons que la Crimée avait 58,3% de Russes, 24,3% d'Ukrainiens et 12,1% de Tatars et en plus la péninsule contenait la zone spéciale militaire de la Marine russe (concession prévue , au moins jusqu'en 2042, alors, après des négociations ukraino-russes sous pression russe, avec l'arme énergétique et l'accès au gaz russe) et en avril 2014, certains groupuscules ukrainiens pro-russes furieux de la destitution du président pro-russe Ianoukovitch ont demandé de l'aide au pouvoir russe et ont fomenté des putschs à Donetsk, Lougansk, Kharkiv, ..., cela a réussi en partie sur les oblasts de Donetsk et Lougansk, l'armée ukrainienne a réagi mais elle n'a pu au mieux que contenir l'avancée pro-russe.

Pendant ce temps, l'Union européenne dont les deux Etats les plus puissants diplomatiquement, l'Allemagne et la France, ainsi que les Etats-Unis se sont trouvés impuissants et n'ont pas voulu d'une seconde guerre de Crimée (l'OTAN n'étant pas loin, en Roumanie, Bulgarie et Turquie), soit un conflit direct incertain (et surtout déstabilisant le monde entier) avec la Russie. L'Union européenne, elle n'a plus su quoi répondre face à la demande du peuple ukrainien sur l'accord de libre-échange entre l'Ukraine, pays souverain et l'UE, désirant même accélérer ceci par une demande d'adhésion à l'Union , objet de la pression et de l'intervention russe. Depuis 2007 et l'avant-dernière entrée de nouveaux pays en date (Bulgarie et Roumanie) dans l'Union européenne, l'UE avait déclaré que mis à part les Etats ex-yougoslaves qui ont vocation à adhérer (Croatie, Bosnie, Serbie, Monténégro, Macédoine; le Kosovo étant un problème diplomatique pour certains membres tels que l'Espagne, car le Kosovo a pris son indépendance de manière unilatérale, sans accord avec la Serbie, est exclu de cette vocation européenne automatique), les autres Etats d'Europe orientale ne pouvaient espérer qu'un partenariat renforcé avec l'UE (Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan); N'y a t-il pas un léger couac? On parle de tous les Etats sauf de la Russie (et aussi de la Biélorussie), or force est de constater que nos relations euro-russes (ou euro-soviétiques avant 1991) sont plus que contrastées depuis les années 80.

... retour en arrière...
L'arrivée au pouvoir , de Gorbatchev , prenant la tête du Comité Central du Parti Communiste de l'Union Soviétique en 1985 a été une vraie bouffée d'oxygène à l'est. Gorbatchev se met à parler de "glasnost" (transparence) et de "perestroïka" (reconstruction) et libéralise de fait des relations avec les pays d'Europe de l'ouest et le poids de l'URSS sur les pays du bloc de l'est (même si certains demeurent rétifs: Honecker en RDA, Ceaucescu en Roumanie et bien-sûr Hoxha en Albanie); en 1987, Gorbatchev signe avec Reagan, un accord de diminution du stock des armes nucléaires, allant dans la continuité des accords d'Helsinki de 1973. En Europe de l'ouest, Gorbatchev est très populaire et préfère ne pas réagir avec l'armée soviétique quand le Mur de Berlin tombe en 1989...
l'URSS se saborde en décembre 1991 à Minsk...
En 1992, François Mitterrand organise à Prague, une rencontre de tous les pays européens, on peut y voir une carte montrant l'Europe allant de l'Atlantique à l'Oural... les pays d'Europe centrale, tels que la Pologne ou la Tchécoslovaquie n'apprécient et font savoir que la Russie est à isoler...
la Russie tombe dans une crise économique sévère de transition (les babouchkouï étaient obligés de vendre dans la rue à la sauvette les objets de valeur) et politique, car la chute de l'URSS vient de la tentative de putsch d'une partie du PCUS contre la politique libérale de Gorbatchev. Cela a amené Boris Ieltsine à la présidence, qui a laissé gouverner ses proches et ses alliés: les oligarques et n'a pas tenu le pays en matière de sécurité...
Pendant ce temps les pays d'Europe centrale, dont les oppositions démocratiques au système communiste, se sont identifiées depuis longtemps au modèle américain, demandaient le rattachement à l'OTAN. Rattachement/élargissement qui s'est déroulé en 1999, avec l'entrée de la Hongrie, la Pologne et la République Tchèque, en 2004: les trois pays baltes, la Roumanie, la Bulgarie et la Slovénie et même en 2009: la Croatie; à peu près en même temps que l'élargissement de l'UE à l'est : en 2004, 2007 et 2013 (entrée de la Croatie). L'UE n'a pas su différencier la politique militaro-diplomatique pour ne pas avoir à mettre des moyens supplémentaires dans une telle politique et parce qu'il n'existe pas une volonté politique suffisamment forte (mis à part timidement la France, la Grande-Bretagne, voire l'Espagne et l'Allemagne); du côté des pays membres d'Europe centrale, il était hors de question de dissocier la politique européenne de l'OTAN.

A partir de 2000, après le long affaissement personnel de Boris Ieltsine à la présidence (en 1999, la Russie subit de plein fouet la crise financière asiatique), Vladimir Poutine arrive à la présidence de la Fédération russe. Vladimir Poutine rappelle la promesse américaine et européenne de ne pas étendre l'OTAN aux frontières de l'ex Union soviétique. Vladimir Poutine , ayant été formé au KGB, a une bien autre vision de la Russie: la Russie doit retrouver son éclat impérial et si l'Europe et les USA ne veulent pas entendre, on peut utiliser la force. L'indépendance unilatérale du Kosovo, en 2008, face à la Serbie, a divisé les pays européens. Pour la France et l'Allemagne, les Albanais du Kosovo ont trop souffert, ont subi une politique de purification ethnique de la part de Milosevic et donc à ce titre, aucune autonomie large kosovare au sein de la Serbie n'est pas possible (les USA pensent la même chose); pour l'Espagne ou la Roumanie: accepter une indépendance unilatérale, sans négociation, au nom d'un caractère ethnique, même dans un contexte de post-guerre, remet en cause le droit international de l'uti possidetis (le droit des Etats à la stabilité de leurs frontières), ce que pense également la Russie.
Après sa période attentiste, Poutine intervient par surprise , pendant les Jeux Olympiques de Pékin en 2008, dans le conflit osséto-géorgien et en profite pour séparer de fait l'Ossétie du sud de la Géorgie sous protection militaire russe et confirme la sécession abkhaze vis-à-vis de la Géorgie réalisée depuis 1992. Poutine applique ce qu'il avait annoncé "la discussion , sinon la politique du fait accompli par la force", politique soutenue diplomatiquement par la Chine. Ni les USA, ni la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ne réagissent.

Dans les années 2010, l'Ukraine, et son gouvernement pro-européen dirigée par Ioulia Timochenko essaye le bras de fer, pour se libérer un peu de l'emprise économique russe, la Russie répond par l'arrêt de l'acheminement du gaz , touchant aussi , de manière collatérale, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie. Poutine a trouvé un nouvel objet de pression: l'instrumentalisation des minorités russes en Europe centrale (notamment dans les pays baltes: 30% en Estonie et en Lettonie, 10% en Lituanie), pour lui, comme russophones, cela les assimile à la Russie et donc peuvent être protégés par Moscou si elles sont inquiétées. On a l'impression de revivre la ré-émergence de la question des Nationalités du XIX° siècle et des années 20-30 au XX° siècle. Ce n'est pas pour rien que Vladimir Poutine instrumentalise les 20% de Russes ukrainiens (ce qui est relatif puisque plein d'Ukrainiens vivent en Russie, ou ont un nom à consonnance ukrainienne et que les colons russes du XIX° siècle sont pleinement intégrés à l'Ukraine et à l'inverse, près de 40% des Ukrainiens d'Ukraine parlent russe) dans le conflit ukraino-russe.

... Pour l'instant , presque tout semble bloquer, cependant la raison et même les opinions publiques russe et ukrainienne commencent à faire entendre que ce conflit est stupide (puisque les deux peuples, même ayant chacun leur souveraineté, sont liés). Ce serait illogique que l'Ukraine coupe les ponts avec la Russie et la Biélorussie, ce serait également étrange que l'Ukraine ne puisse pas être la passerelle entre Europe orientale et Union européenne. Quel(le) Ukrainien(ne) éduqué à l'université ne parle pas (ou ne désire ne pas parler) à la fois ukrainien, russe et anglais, voire avec l'allemand ou le français en plus? Kiev se vit à la fois comme une ancienne grande ville du Grand Royaume de Pologne et comme Origine de la Slavie orientale (on dit de Kiev qu'elle est la "Mat' Rassii", la Mère de la Russie) et bien-sûr une ville moderne en Europe; donc l'ukranité est tout autant empreinte de polonité, d'identité slave orientale, d'influences turques,... Et la question subsidiaire, mais néanmoins cruciale: que faire avec Poutine?
 Il est certain que l'Europe ne peut lui répondre sans lucidité: nous aussi, s'il le faut en vue des circonstances, savoir être ferme (continuer les sanctions si besoin) et en même temps, il semble difficile de ne pas vouloir dialoguer avec la Russie. On peut très bien revivifier la politique d'ouverture à l 'URSS à la De Gaulle ou l'Ost Politik de Willy Brandt, sans devenir impérialiste russe.
Quels sont les jalons de cette politique potentiellement?

-Ne pas faire en sorte que l'Ukraine (et la Géorgie) entre dans l'OTAN (ce serait une provocation et une politique de l'escalade inutile)
-remettre sur l'ouvrage l'entente économique entre Ukraine et UE, mais en y intégrant la Russie, la Biélorussie et la Moldavie et négociant aussi avec Moscou, donc
-à moyen terme, envisager de faire entrer l'Ukraine, la Russie, la Biélorussie et la Moldavie dans la Marché Commun (la partie CEE de l'UE, mais évidemment pas la partie politique)
-proposer un processus d'Union d'Europe centrale (dont les membres sauf l'Ukraine et la Moldavie seraient membres également de l'UE; ceci pour donner satisfaction à l'Ukraine) avec la possibilité d'y introduire également l'oblast de Kaliningrad.

(Fond de carte: d-maps.com)
(LEGENDE: -en bleu: Union européenne élargie à la Serbie, Bosnie, Monténégro et Macédoine ; -en vert: Union d'Europe centrale avec Oblast russe de Kaliningrad, Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Ukraine, Moldavie, Roumanie; -en violet: pays ayant bénéficié de l'élargissement du Marché commun: Moldavie, Ukraine, Biélorussie, Russie)



vendredi, août 26, 2016

Réponse à l'article de blog de Thomas Guénolé (L'Obs Plus) sur Elisabeth Badinter

Tout d'abord, je tiens à préciser que je n'ai pas aimé ni apprécié la phrase d'Elisabeth Badinter dite sur France Inter , en tant qu'invitée de 8h20 sur France Inter, le 6 janvier 2016: "Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe" (lien émission et vidéo de France Inter: https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite/l-invite-06-janvier-2016 )
Pourquoi? Tout d'abord , on ne peut pas prendre cette phrase au premier sens et l'accepter dans l'absolu. L'islam est une religion millénaire, qui a le droit de vivre, d'exister, qui a apporté de l'éclat à de nombreuses civilisations: civilisation arabe médiévale, civilisation séfévide et civilisation moghole à l'époque moderne, civilisation ottomane,... , ensuite on diabolise l'islam et lui colle toutes les étiquettes possibles à tort et à travers , alors que le sens étymologique d'islam c'est "salama" en arabe= faire la paix.

Ensuite je ne suis pas "fan" du mot "islamophobie", il est pour moi peu clair et recouvre aussi bien l'anti-islam (le fait de vouloir la disparition pure et simple de l'islam, de lutter contre lui dans tous les cas) et l'anticléricalisme concernant l'islam: la contestation des discours conservateurs, des prélats (cheikhs) voire des discours ultra-conservateurs radicaux. Je préfère utiliser le mot "anti-islam", comme "anti-christianisme", "anti-judaïsme", ... (nota: le mot antisémitisme concernant le racisme antijuif dépasse bien évidemment les considérations religieuses et visent à porter un discours ethniciste hostile et violent, voire des actes contre des personnes juives). Je crois en Dieu, me concernant, de tradition catholique (même si je me pose des questions sur la Trinité, comme beaucoup de "chrétiens culturels" et "libéraux" , de nos jours) et que cela m'amène à avoir une approche œcuménique (bien-sûr avec les protestants et autres chrétiens d'Orient) abrahamique, reliant les trois religions principales du Livre (le lien Bible/Coran, car on retrouve à quelques exceptions près, les mêmes prophètes, les mêmes biographies sur les personnages des Ecritures, si ce n'est sur l'histoire de la tentative du sacrifice du fils d'Abraham, les juifs et les chrétiens parlant d'Isaac, les musulmans parlant d'Ismaël).
Je suis en outre clairement pour la laïcité, la République sécularisée et neutre et opposé aux conservatismes aussi bien religieux que profanes (étant de gauche).

Cette précision faite, j'en viens donc au sujet qui m'intéresse , l'article de Thomas Guénolé sur Elisabeth Badinter (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1502924-islam-voile-et-mode-islamique-les-6-erreurs-graves-d-elisabeth-badinter.html ) du 05 avril 2016.

La question du voile comme un élément de soumission des femmes aux hommes. Thomas Guénolé dit "faux", je dis "plutôt vrai". Tout d'abord , il existe en islam ce qu'on appelle "l'ijtihad", l'interprétation des textes et tous les théologiens ne sont pas d'accord, certains en effet s'appuient sur le Coran et notamment le mot polysémique "qamar" qui peut vouloir dire en arabe antique tardif et ensuite médiéval aussi bien "voile de tête" que "manteau", "étole", "cape", etc..., d'ailleurs comme le précise Youssef Seddik (dans ses interviews, et il me semble dans "Nous n'avons pas lu le Coran"), il n'y a jamais l'expression "cheveux couverts" dans le Coran et c'est vrai, il n'y est jamais fait référence dans le Coran.
Mais en quoi je me fonde sur le "plutôt vrai", et bien je me fonde sur l'argument historique des socio-historiens  qui parlent de pratique patriarcale. Le roi de Babylone Hammourabi avait obligé les femmes non prostituées à se voiler dans son Code. D'ailleurs pendant très longtemps, le voile était socialement de rigueur: Marie n'est-elle pas représentée tout le temps avec son voile? Et même en Occident le voile des femmes grecques ou romaines quand elles sortaient dans la rue, ou même le fichu paysan des femmes européennes depuis le Moyen-Age jusque dans les années 50 environ montre bien le poids et le symbole de la chevelure féminine dans nos sociétés et l'enjeu que cela suppose en termes de contrôle et de "décence" liée à cela.

Le port du voile serait-il une violation du principe de laïcité. Thomas Guénolé dit "faux" et il a  raison. La Constitution reconnaît la liberté des citoyens et citoyennes en général et n'interdit que la nudité totale (également pour les seins des femmes dans la rue) et le tout couvert (c'est-à-dire le visage couvert) avec la loi d'interdiction de la burqa, votée en 2010, acceptée par la Cour européenne. Sinon un fonctionnaire ne peut porter de signes religieux distinctifs ostentatoires et doit la neutralité, dans le cadre de son travail (également concernant les idées politiques). Il en va de même pour les élèves jusqu'à la fin du lycée.

Est-que l'islam serait une religion qui demanderait aux femmes de rester à la maison? Thomas Guénolé est évidemment dans le vrai en disant que non. Il n'est pas fait référence de ce point dans le Coran et cela est lié aux sociétés et à leur degré d'émancipation individuelle et d'avancées pour le droit des femmes. Si quelques rares personnes pourraient justifier cela "au nom de la religion", elles confondent comme trop souvent pensée patriarcale et ultra-conservatrice et religion. Car la très grande majorité des religions dans le monde, en tout cas pour les trois religions monothéistes principales ont ou ont eu un commandement à 100% masculin. Les Eglises et autres Synagogue (dans le sens du leadership religieux juif) et Mosquées (idem pour le leadership religieux musulman) ont tendance à quelques exceptions près (et rares) à être régentées par des personnes de sexe masculin, certainement un atavisme des sociétés patriarcales, là où il y a/avait pouvoir, il y a/avait pouvoir masculin.

J'ai déjà répondu quant au mot "islamophobie" pour le 4e point "Le mot islamophobie sert à diaboliser la critique de l'islam?". Je suis anti-conservateur et je suis pour que les démocraties avancent dans le monde et qu'à terme les démocraties deviennent sécularisées et que les femmes puissent vivre comme les hommes, avoir les mêmes droits et puissent ne pas faire de leur corps un tabou (ou que des hommes en fassent un, de tabou); après j'accepte que d'autres personnes aient des idées différentes des miennes, tant que le respect, les principes démocratiques et/ou républicaines soient appliqués. Dans mon approche classique de gauche, c'est juste une "bataille culturelle" (terme gramscien) entre Anciens et Modernes. Le Modernisme étant pour ma part, démocratique, positiviste, anti-réactionnaire et socialiste. Chacun est libre de voir le modernisme comme il l'entend (ou d'être "Ancien"!)!

Concernant le 5e point : "Les "islamo-gauchistes" sont ils une minorité influente?". Tout d'abord, je ne sais pas ce que veut dire "islamo-gauchisme", que cela recoupe t-il? Cela me semble subjectif. Ensuite, par le passé, il est arrivé que l'on n'a pas voulu voir la montée des ultra-conservatismes dans toutes les religions en France, de même que cela a été parallèle avec la droitisation de la France (phénomène décrit par Gaël Brustier), notamment avec l'augmentation de la part des personnes de plus de 65 ans , dans la population nationale (selon le principe avéré en politologie, qu'un population dans les pays occidentaux a tendance à devenir de plus en plus conservateur, au sens de la droite). Pour ma part, je dirais simplement que la gauche et qu'être de gauche, c'est être laïc et pro-laïcité, soutenir la loi de 1905 (dans son juste équilibre) et être sur une ligne anti-conservatrice.

Enfin, "être en désaccord avec elle [Elizabeth Badinter], c'est soutenir l'islamo-communautarisme", Thomas Guénolé ne que répondre justement "faux". Bien évidemment que Thomas Guénolé a raison. Les gens de gauche et de manière plus générale, les citoyens et électeurs français(es) n'ont besoin de personne pour penser. Ensuite , on a le droit d'émettre, ne serait-ce que des nuances, ou plus (une critique totale) à tout discours; enfin si on répond aux principes généraux de la gauche, mais aussi aux principes du libéralisme politique du centre-droite et bien-sûr aux principes de la République, on ne peut que s'opposer à tout communautarisme et bien-sûr à toute stigmatisation de quelque groupe que ce soit (car les Français de religion ou de tradition musulmane en entendent des vertes et des pas mûres, même chose pour les Français de religion ou de tradition juive). Je dirais juste qu'Elizabeth Badinter est une philosophe qui a eu dans sa vie des positions intéressantes, écrit des livres qui valent le coût et que la récente critique à laquelle elle fait face ne saurait gommer tout son travail, dans la lignée de Simone de Beauvoir et le féminisme universaliste.


samedi, juin 04, 2016

Projet pour un drapeau des Allemands de Pennsylvanie/Project for a Pennsylvania Germans flag/Projekt fer eene Pennsilfaanisch Deitschen Fahne

FRANCAIS:
Ce drapeau reprend les types de symbole géométriques colorés, souvent aux couleurs allemandes que l'on voit dans les fermes et les campagnes allemandes de Pennsylvanie et qui symbolisent ce peuple. Ce symbole est inspiré de l'autocollant du seul journal en allemand de Pennsylvanie "Hiwwe wie Driwwe" qui a pour slogan "Mer schwetze noch . die Mudderschprooch" ("Nous parlons toujours la langue maternelle"), il est aux couleurs allemandes. Il fait écho aux rayons à l'extérieur , aux couleurs américaines et qui fait penser aux cocardes aux couleurs américaines déployées les jours de fêtes aux Etats-Unis. Il signifie l'ingéniosité et la ténacité des Allemands de Pennsylvanie à transmettre leur langue et leur culture, tout en étant intégré aux Etats-Unis.

ENGLISH:
This flag rings the bell with the geometrical and coloured symbols, often with the German colours, which can be seen in the farms and the Pennsylvania Dutch countryside. This symbol is inspired from the sticker of the only paper in Pennsylvania Dutch 'Hiwwe wie Driwwe' and with slogan 'Mer schwetze noch die Mudderschprooch' ('We still speak the mother language'); it is with German colours. This does an echo with the external rays, with the US-colours, and which is recall of the US-colours roundels, which are deployed in celebrations days in the United States. This flag has like meaning the ingeniosity and the tenacity of the Pennsylvanian Germans as they have transmitted their language and ther culture, while being integrated as Americans.

ELSASSISCH:
Dàs Fàhne nammt die geometrische un farbige Symbolen zruck, oft met den Ditschen Farbn. Men kann sehn dàs in den Bauerein un dàs Land der Pennsilfaanischen Ditschen. Dàs Symbol anlehnt sich an den Sticker vun d'eenzige Zeiding in der Pennsilfaanische-Deitsche Schproch  ,,Hiwwe wie Driwwe" un als Slogan ,,Mer schwetze noch die Mudderschprooch", alles met Ditschen Farbn. Dàs macht een Widerhàll met üsswartigen USA-farbige Schtràle . Dàs erinnert sich an die USA-farbige Schleefn, traditionell üssgebreite ver die Faschtn Täge. Dàs Fàhne meent die Eenfallsreichtum un die Hartnäckigkeit den Pennsilfaanischen Ditschn, will sie ihre Schproch un ihre Kultur vergmàcht han, warend sie integriert als Amerikanen sinn.

mercredi, mai 11, 2016

N'ayons plus crainte, le vin aigre est tiré, il faudra le boire jusqu'à la lie.

Je pense, après réflexion que voter la motion de censure de gauche sera profitable pour le pays. C'est déchirant d'en arriver là, mais il y a bel et bien de maintes raisons qui amènent à ce constat lucide et implacable.

Il s'agit d'un signal d'alarme à Valls qui va trop loin dans ses postures caporalistes et libérales. On ne peut accepter le changement de hiérarchie des normes et accepter de précariser plus l'emploi. Hartz IV n'est qu'une impasse, et quand bien même certaines mesures vont moins loin, elles en sont inspirées. Oui il y a le compte temps/pénibilité, qui fusionne les deux comptes existants, mais cela ne va pas assez loin comme avancée "équilibrante", comme compensation. 
Qui plus est à 85%, disons, la gauche a déjà perdu pour 2017. Le président risque de perdre fortement face à la droite au second tour, voire pire, être éliminé dès le premier tour, même avec un candidat de l'aile gauche faible. 

Que l'on voit, la réalité en face, il y a de plus en plus de chances pour que nous atteignons le triste score des législatives de 1993: 50 députés, même en suivant aveuglément Manuel Valls. Alors, soyons lucides, nous ne pourrons nous rabibocher avec les abstentionnistes et nos électeurs qui nous délaissent. Ce qui signifie que l'argument de mettre à bas la gauche, de lui mettre la tête sous l'eau ne tient pas. Le gouvernement se met lui-même des plombs au pieds , en produisant des fautes grossières telles que la déchéance et la présente Loi Travail. 

En tout état de cause, ce sera plus facile pour les député(e)s, militant(e)s, sympathisant(e)s, de se démarquer en disant que l'on a tenu le plus possible. On n'a donc pas à craindre d'être montré du doigt, par la majorité de la gauche, nos électeurs si on s'oppose vertement à la Loi Travail, en ce qu'ils contestent majoritairement cette loi-là. Le gouvernement a littéralement et tout simplement craqué. Il y a le supportable (même pénible) et il y a le rappel des principes, à un moment donné.

Cela est arrivé à d'autres reprises, en d'autres circonstances plus tragiques, lorsque Guy Mollet a voté la Guerre d'Algérie et l'a soutenue, pourtant c'était aller contre la SFIO historique, mais le PSU avait bel et bien raison. Ce sont d'autres contextes, oui, mais le SPD qui traine derrière la droite depuis Hartz IV, constate bien que le suivisme centriste/droitier ne nous correspond pas et n'assure que l'opprobre, en plus de la défaite.

Député(e)s de gauche, sociaux-démocrates, écologistes, le vote pour une censure de gauche n'est qu'un sursaut rationnel face à la confusion la plus manifeste du gouvernement Valls.

vendredi, février 26, 2016

Loi du travail El Khomri, un révélateur "lol", "bof" ou "snif" ?

Cela fait plus d'une semaine que les avant-projets de la loi El Khomri, un texte d'une cent-trentaine de pages que la ministre du Travail a fait passé à la presse pour communiquer sur les types de pistes qu'elle compte aborder pour moderniser les conditions du cadre législatif du travail: Code du travail, condition sociales liées aux entreprises, droits sociaux pour les employés,...

Manifestement, cela a soulevé une bronca générale dans une majeure partie de la gauche, pourquoi?
Madame El Khomri propose de plafonner les indemnités prudhommales pour n'importe quel type de licenciement sauf harcèlement de la part d'un supérieur, les astreintes sont décomptées dans le projet de loi du temps de travail, le Code du travail se voit rajouter de nombreuses exemptions (encore, cf. rapport de la députée PS Barbara Romagnan qui montre que ce Code a été alourdi par les nombreuses exemptions de règles en faveur des employeurs). On peut citer aussi que les apprentis de moins de 18 ans pourront travailler plus de 35 heures.
Quelques avancées mais qui existent déjà sont rassemblées dans un compte-employé: compte pénibilité (loi retraite Ayrault) + droits à la formation (loi Raffarin améliorée sous Ayrault). Les analystes, mais bien-sûr les syndicats et une majeure partie de la gauche estiment que c'est beaucoup trop déséquilibré en faveur des employeurs.
Bien évidemment il faut toiletter certains éléments du Code du travail, voir ce qu'on peut obtenir par la négociation, mais l'inversion des normes: la négociation prioritaire par rapport à la loi égale et minimale pour tous, change totalement le paradigme.

Autre paradigme politique qui a beaucoup changé: le MEDEF et LR soutiennent très largement et avec grand enthousiasme ce projet de loi.

Du point de vue politique, Manuel Valls veut marquer son gouvernement et son action, par l'entremise de sa ministre El Khomri, son alliée face à l'autre "réformateur" du gouvernement : Emmanuel Macron et au social-libéral plus synthétique, le président Hollande (plus favorable à la synthèse entre la droite , le centre et la gauche du PS). Une rivalité entre deux postures "qui est le plus centriste et libéral?" et "qui arrive quand même à rassembler à gauche?"

La pétition lancée par Caroline de Haas et Eliott Lepers notamment, LoiTravail.lol, a étonné par son aspect viral, déjà 600.000 en une semaine. Cela a étonné le gouvernement. Ce qui a autant soufflé Valls, Macron et Hollande a été la tribune dans Le Monde du 24/02/2016 de Martine Aubry et Daniel Cohn-Bendit, plus Yannick Jadot, des députés PS dits "frondeurs" mais au-delà comme Yann Galut, correspondant à la social-démocratie de gauche. Et en effet, on peut se demander si ce souffle est lol, c'est-à-dire une chose bienvenue partagée par les électeurs de gauche, bof, c'est-à-dire quelque chose qui divise la gauche pour rien ou snif, c'est-à-dire quelque chose de dommageable.

Selon moi c'est lol et snif en même temps. Je m'explique: c'est positif, dans le sens où TINA (There Is No Alternative) fait la place à TARA (There Are Real Alternatives), un peu comme aux USA, où la vague Sanders exprime une vraie volonté progressiste de pas mal , peut-être pas tous ou la majorité, d'électeurs démocrates. Cela fait du bien de voir un autre discours, car sinon à quoi sert le fait que l'UDI et le PS existent parallèlement, car après tout si on est centriste et libéral, on peut se retrouver dans ces deux familles politiques. Et le fait que les centristes, donc la droite libérale non conservatrice (le contraire des durs de LR) soutiennent ce projet de loi et l'attitude de Valls montrent bien que la majorité du gouvernement est passé à autre chose. Autre chose que le socialisme, la social-démocratie et le PS.
On peut reconnaître à Valls qu'il a raison sur une chose: la clarification, Valls pourrait être au gouvernement si un parti équivalent à un PRG avec une partie de l'UDI était le premier parti de l'Assemblée. Ou bien Valls serait ministre mais non premier-ministre, car le PRG serait l'allié d'un PS social-démocrate et socialiste-démocratique (nom politologue de l'aile gauche du PS) mais non social-libéral et ce PS-là imposerait sa ligne, une ligne plus sociale au ministre Valls.

Là où ce qui se passe est snif, c'est que les torts sont partagés et que l'on aurait pu faire autrement et ce dès 2012:
-Hollande aurait dû faire la réforme fiscale et tenter au moins de résister vraiment au TSCG, ne serait-ce que résister face à Merkel
-Hollande aurait dû faire un audit montrant que les finances du pays étaient vraiment trop mauvaises et à partir de là demander au PS de faire des Etats Généraux de la gauche, pour discuter avec les autres partis de parler comment faire avec un tel budget, quelle priorité sauver, etc... (le compromis Aubry/Germain/Lamy mais aussi Pierre Alain Muet sur à peu-près 40 milliards dont schématiquement 15 milliards pour l'offre, 15 milliards pour la dette et 15 milliards pour l'investissement proposé dès 2013 et reproposé dans la motion A à Poitiers; proposition non retenue)
-Ayrault mais surtout Valls auraient dû toujours prendre des arbitrages sur des propositions 50/50, 50% des idées du gouvernement, 50% des propositions du groupe socialiste dans son ensemble car la gauche a pour idée un gestion parlementaire et assez collégiale.
-Il fallait essayer le CICE mais avec des contreparties véritables en matière d'emploi et avec un vrai ciblage sur les ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire) pour favoriser l'innovation et l'exportation notamment et arranger et amender l'aspect social-libéral quand on a vu que cela ne portait pas ses fruits en termes d'emplois.

Car force est de constater que les 1 million d'emplois de Gattaz se sont envolés comme les promesses fausses et que certaines grandes entreprises faisant du profit et du vrai bénéfice préfèrent ne pas investir et ne pas embaucher alors que leur marge était déjà bonne et même maintenant améliorée. Je ne parle pas des TPME pour qui le moindre effort de trésorerie est très difficile.

En tant que socialiste, c'est-à-dire d'idée socialiste, on n'est pas forcément "non socialiste" si on n'est pas/plus au PS, j'estime comme Roland Cayrol (C dans l'air du 26/01/2016) que le débat d'idées se fonde sur de vraies différences: jauressisme social-démocrate versus radicalisme de gauche social-libéral. Et tant que cédétiste, donc social-démocrate, je me félicite globalement des positions de la CFDT, la dernière et désormais seule organisation social-démocrate du pays. C'est important de conserver le meilleur de la social-démocratie et du corpus fondamental de Jaurès et de Proudhon, parce que je crois au progrès, en l'espoir, en l'amélioration en mieux de la société, donc une vraie transformation de la société, même économie de marché mais régulée et coopérativisée. (Face au 1%, au capitalisme= accumulation du capital que pour certains [donc pas pour tous] et la grande bourgeoisie qui se fiche des moins aisés et des plus démunis; les classes populaires et moyennes, premier électoral normalement du PS).

J'espère donc que le gouvernement infléchisse ses positions centristes, écoute les 70% des Français de gauche qui sont contre ce projet de loi El Khomri et fasse un retour à la social-démocratie. Car oui, actuellement, il n'y a pas d'autre représentation de la gauche en terme de sensibilité gouvernementale.
(Car évidemment , même la gauche social-démocrate et socialiste-démocratique doivent garder l'ambition de gouverner pour aider et améliorer le cadre de vie)