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mardi, mars 19, 2019

On parle de la Gauche en France et en Europe?

Il y a un mois, j'avais écris un article, "Des convergences à gauche. Utiles, nécessaires, indispensables. daté du 10 février. Il y avait encore une chance, Place Publique think tank de rassemblement de la gauche avec plusieurs partis, Benoît Hamon de Générations parlait de "Votation citoyenne", il y avait encore une possibilité de n'y aller qu'avec qu'une liste, le 25 mai prochain.

Malheureusement, même si les cinq pôles (PC, Générations, FI/GRS, PS, EELV) reconnaissaient que les dix priorités de Place Publique étaient un minimum, il n'y a eu aucun accord car ce qui pouvait être la concrétisation de l'acceptation de ces dix points, de fait, la Votation citoyenne, lancée par Benoît Hamon, aucun des quatre autres pôles n'a voulu répondre en positif à la concrétisation de ces dix points de Place Publique en union quintipartite. Le nouveau secrétaire du Parti Communiste, Fabien Roussel, lors du Congrès le 25 novembre à Ivry sur Seine, a été élu sur une base indépendantiste du PC par rapport au reste de la gauche et Yannick Jadot, leader européen d'EELV en France a depuis le lancement du Mouvement de Benoît Hamon, le 1er juillet 2017 été refroidi par des perspectives d'union, suite à la défaite de la gauche (+ le fait qu'EELV a l'habitude de se compter aux Européennes).

A partir de là , l'union de la gauche est devenue lettre morte. J'avais déjà évoqué , un moment crucial manqué, celui de l'année dernière où l'ancien premier parti de la gauche, le Parti Socialiste, pouvait jouer les arbitres de bienveillance. A Aubervilliers, on a vu et entendu dans la campagne, une envie de renouveau de la gauche , de "Renaissance" et même de Gauche Arc En Ciel.
Luc Carvounas, il faut souligner son courage, sa clairvoyance et sa justesse d'analyse a le premier, depuis août 2017, parlé de convergences nécessaires à gauche, ne fermant même pas la porte à la France Insoumise, au moins au début.
Mais bon, à peine quelques mois après les 19,58%, Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise se croyaient devenus hégémoniques et qu'il suffirait de ramasser les miettes des autres partis agonisants pour faire à lui son Epinay.
Même si, il faut le dire, lors des AmFIs (universités d'été de la FI à Marseille en août 2018), Jean-Luc Mélenchon a reconnu que le courant frexiste/frexeuro était dominant en 2017 dans son Plan B et que dorénavant, cela désignait davantage un rapport de force de type Chaise vide voire suspension de la contribution française à l'UE en cas crise gravissime. 

Et donc, Olivier Faure, élu Premier-Secrétaire élu par les militants le 29 mars 2018 et dont l'élection a été entérinée par le Congrès d'Aubervilliers le 7 avril 2018, a préféré vouloir reconstruire le Parti Socialiste sur une base identitaire et ne pas chercher à construire des passerelles avec les autres partis de la gauche, et pas même les deux courants et personnalités qui représentaient cette volonté d'ouverture sur l'extérieur du PS: Luc Carvounas de la Gauche Arc en Ciel et l'Union et l'Espoir d'Emmanuel Maurel. Le premier Secrétariat National n'a d'ailleurs été ouvert ni aux carvounassiens, ni aux maurellistes (et bien-sûr ni aux lefolliens). On a même assisté à une déchirure douloureuse du Parti Socialiste le mois d'octobre 2018, qui s'est terminée le 12 et 13 octobre par le départ d'Emmnauel Maurel puis de Marie-Noëlle Lienemann parce que le désaccord sur le PSE était trop fort:
-Olivier Faure soutenant le PSE malgré les choix politiques du SPD allemand et la candidature de Timmermans (issu de l'actuelle Commission Juncker)
-Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann disant à Olivier Faure qu'il fallait un PSE de gauche, ayant un candidat antilibéral ou bien suspendre la présence du PS au PSE.

Ce point est crucial car le PSE, le SPD (qui devra sortir vite de la Grosse Koalition), Timmermans représentent un centre-gauche et un centre (le SPD et le PvdA, parti de Timmermans seraient à droite en France) qui veulent bien s'allier au centre-droite, ne pas contester la politique austéritaire et libérale en Europe. Rappelons que Frans Timmermans, malgré le vote du PSE sur l'Intergroupe (volonté de confédérer les 3 groupes de gauche au Parlement européen) a dit qu'il ne serait pas contre une alliance avec l'ALDE et E.Macron.
Or cela est une barrière à la convergence, pour l'aile gauche du Parti Socialiste, le Parti Communiste, Générations, EELV, la France Insoumise. Ces partis font le constat que la triangulation, la centrisation et la blairisation de la social-démocratie ont tué électoralement les partis socialistes en Europe, or les ailes droites, elles disent "oui, mais on ne gère qu'au centre, avec un tant soit peu de libéralisme". Désaccord total. Donc en France, Olivier Faure a raté l'occasion d'écouter Luc Carvounas, d'aller voir Benoît Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon pour trouver une solution avec eux et converger en extirpant cette illusion de stratégie et donc de fait d'idéologie du centre-gauche.
Ce n'est pas avec l'hypothèse de l'ancienne socialiste de tendance centriste Ségolène Royal que ça pouvait marcher (proposition de novembre-décembre 2018). On se demande d'ailleurs que fait la présence de Cap 21, parti de centre-droite dans l'alliance avec le PS et Place Publique (qui a préféré un seul parti à tous).

Michel Rocard en 1993 avait montré la Méthode pour réunir la gauche, celle des Etats Généraux de la gauche pour aplanir nos différends et trouver des convergences. Convergences qui sont logiquement: Transition écologique à fond y compris dans l'économie (régulation étatique et européenne publique sur les entreprises), fin de l'austérité et fin de la stratégie du centre-gauche, politique de l'Etat acteur, interventionniste dans l'économie autour d'une stratégie planificatrice, dirigiste et avec des Services publics-monopoles publics et des possibilités de nationalisations, révision des Traités européens sur une base de l'intervention publique directe des Etats dans l'économie et Plan B uniquement sur une éventualité de Chaise vide voire de suspension de la contribution française à l'UE en cas de crise politique gravissime dans l'UE. La gauche européenne doit suivre ce chemin avec des Etats Généraux de la gauche européenne.

En dernière nouvelle, nous avons appris que le 18 mars 2019, une 6e liste issue de la gauche modérée, en la présence de Génération Ecologie, désormais présidée par l'ancienne ministre socialiste Delphine Batho. Nous allons donc et il n'y a plus de frein possible, tous les 6 pôles, dans le mur, le 26 mai 2019, nous allons, sauf miracle tous faire moins de 10 % et plutôt osciller en moyenne entre 5 et 7% par liste, alors que la gauche réunie représente pas loin de 26% et alors que le combat social (Gilets Jaunes...) et le combat écologique (Affaire du Siècle , Marche du Siècle, Grève pour le Climat...) n'ont jamais été mieux portés en France et en Europe (il y a des tensions sociales de partout, même si elles expriment à son plus haut point, actuellement en France). Nous sommes tous éco-socialistes et nous allons d'une manière ou d'une autre échouer. C'est triste et déroutant.

lundi, avril 24, 2017

La fin d'une ère, mais le début d'une autre : la gauche et le socialisme

Le dimanche 23 avril 2017 a été un jour, on ne peut plus clair, de défaite de la gauche. Le Parti Socialiste et son candidat, Benoît Hamon, ont été lourdement sanctionnés par le scrutin populaire, avec 6,3%.
La gauche de la gauche, que l'on pourrait désigner par le nom de néo-communiste, soutenue par le Parti Communiste Français, mais aussi le Parti de Gauche, a réalisé, il convient amplement de le reconnaître, un score remarquable avec 19,2%. Ceci représente, si on ne compte pas l'extrême-gauche trotskiste, un total de 25,5%.

POURQUOI Y AVAIT-IL DEUX CANDIDATS ?
Le Parti Socialiste, mais également les Verts et le Parti Radical de Gauche qui soutenaient Benoît Hamon, ont toujours eu des positions pro-européennes ; certes depuis le Référendum de 2005, une partie de la gauche a compris qu'une critique constructive et une étape alternatives devenaient nécessaires. La gauche « non néo-communiste » commence à comprendre qu'on ne peut que sortir du « consensus européen à droite », mais en même temps elle détenait une difficulté légitime à s'unir avec Jean-Luc Mélenchon, eurosceptique et davantage héraut d'un souverainisme modéré.

Le choix personnel de Jean-Luc Mélenchon, au grand dam du Parti Communiste en février 2016, sur une logique de « révolution démocratique » a eu raison des critiques portées par le PCF, qui s'est finalement rallié de peu au tribun de la gauche de la gauche avec 53% en novembre 2016. Jean-Luc Mélenchon avait donc choisi depuis le début la voie de la rupture.

POURQUOI LA GAUCHE A ECHOUE (ET A CE POINT LA) ?
On peut estimer partir du soir du 29 janvier 2017, que la logique social-libérale, d'inspiration schröderienne a été battue en brèche, avec le rejet de Manuel Valls (et donc de François Hollande). De fait, cela a coupé la gauche socialiste des 8 points nécessaires, pour pouvoir espérer être au second tour. Quant bien-même un tout premier sondage avait mis Benoît Hamon entre 17 et 18% pour le premier tour, la réalité pendant longtemps de ce que valait le candidat socialiste tournait autour des 14%.
Cela veut dire que les électeurs socialistes de tendance social-libérale, davantage proches du centre-droite humaniste et modéré d'Emmanuel Macron, devaient représenter ces 8 points, désormais imprenables par Benoît Hamon.
Partons donc de la logique des 14% de Benoît Hamon et donc des 10 à 11% de Jean-Luc Mélenchon, son socle électoral de 2012. Benoît Hamon, si on suit la logique-mais cette élection hors-norme, a cassé la logique habituelle de la V°République depuis 1974-aurait pu atteindre cette ligne de 14%. La dynamique du candidat socialiste/écologiste/radical de gauche a été sacrément ralentie par le lâchage d'une partie des personnalités du PS qui n'ont pas tenu leur engagement de la Primaire et donc le « vote utile » a joué à plein pour Jean-Luc Mélenchon. En outre, l'image globale du Parti Socialiste est désastreuse auprès des électeurs de gauche.

Ainsi, Benoît Hamon a porté, malgré lui, le bilan de François Hollande, pour le moins, contrasté. François Hollande a porté des mesures de fond qui ont porté leurs fruits (éducation, questions sociétales, santé, défense) mais d'autres, largement insuffisantes du point de vue socio-économiques (CICE, loi Macron 1, hausses d'impôts très fortes sur les classes moyennes et le haut des classes populaires). Le président sortant a pêché par un fort manque de lisibilité, en franchissant des lignes rouges, normalement infranchissables dans une logique socio-culturelle de la gauche française : la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux, heureusement abandonnée, signifiait « on abandonne l'égalité entre citoyens et on discrimine, par rapport à l'origine et une double-nationalité, alors que traditionnellement un criminel français est un criminel français, géré par la justice et le système pénitentiaire français, ce jusqu'à la fin de sa peine, peu importe le fait qu'il ait une double nationalité». La peine qui existe, en cas de trahison à son pays, est celle de l'indignité nationale.

L'autre franchissement de ligne rouge qu'a produit, François Hollande et qu'a dû assumer de facto Benoît Hamon, est la Loi El Khomri. Pour la première fois , depuis la période contemporaine et la naissance du socialisme (vers les années 1820), en France, un dirigeant socialiste a émis une position libérale-économique concernant la question du Code du Travail et finalement du rapport entre l'employé et le patron. La gauche a toujours porté l'idée qu'un jour, l'égalité employé/patron doit advenir, or avec cette loi d'inspiration schröderienne (qui n'est pas partie prenante de la socio-culture majoritaire de la gauche française), François Hollande a tranché du côté du patronat et du MEDEF.
On peut ajouter que demeuraient de manière indélébile les nombreux cafouillages gouvernementaux et l'affaire Cahuzac, dans la balance de ce bilan du quinquennat Hollande.

L'image du Parti Socialiste, quant à lui, a desservi fortement Benoît Hamon. Ce parti a montré depuis une vingtaine d'années, une image de parti sclérosé (technocratisation hors-sol d'une partie des élus nationaux, baisse record des adhésions dans un parti censé représenter le peuple et représentant ainsi de moins en moins les Français,...). Le Parti s'est éloigné des préoccupations des classes moyennes et populaires. Enfin, le Parti Socialiste n'a pas daigné élaborer de la pensée philosophique et idéologique nouvelle et cohérente, depuis la Chute du Mur en 1989, or c'est le rôle d'un parti intellectuel de gauche tel qu'est le Parti Socialiste. Ce parti tournait donc à vide depuis près de 25/30 ans. Il a fallu attendre le frémissement de la Primaire, pour revoir une idée nouvelle et forte quant à l'organisation sociale, le Revenu Universel, mais peut-être pas suffisamment cadrée à temps pour marquer la majorité des esprits des gens de gauche.

POURQUOI Y A T-IL MATIERE A ESPOIR ?
Reconnaissons que les 19,2% de Jean-Luc Mélenchon et l'arrivée en 4e position, limite 3e position, démontre que la gauche claire et nette, attire du monde et n'est pas du tout un signe d' « archaïsme ». Il est vrai que notre pays, pays de la Révolution Française, des Ateliers Nationaux de 1848, de la Commune et des Congés Payés de 1936, ne peut se résigner à un paysage politique partagé entre les 3 droites : la modérée et libérale, la réactionnaire, l'extrême-droite nationaliste. Il existe définitivement de la place pour la gauche dans une assemblée et un gouvernement.

QUELLES PEUVENT ETRE ET DOIVENT ETRE LES PERSPECTIVES POUR LA GAUCHE, DESORMAIS, APRES CE 23 AVRIL 2017 ?
L'ère du 2e Parti Socialiste, celui d'Epinay depuis 1971, semble à jamais révolue et les citoyens ont acté qu'il convenait de tourner une page, dans l'histoire de la gauche française. Qu'en sera t-il d'une future formation à gauche ? Une page blanche est à écrire.
Les communistes, les écologistes et les socialistes vont pouvoir, et ce sera préférable, discuter ensemble pour refonder la gauche, en se mettant d'accord sur les questions sociales, économiques, écologiques mais aussi sur l'Europe, car la gauche historiquement est internationaliste. La gauche a bien souvent mis en avant la paix et le mieux-disant social, pour le monde entier et recherché des constructions continentales et internationales. La période qui s'ouvre, va être passionnante politiquement.