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mardi, mars 19, 2019

On parle de la Gauche en France et en Europe?

Il y a un mois, j'avais écris un article, "Des convergences à gauche. Utiles, nécessaires, indispensables. daté du 10 février. Il y avait encore une chance, Place Publique think tank de rassemblement de la gauche avec plusieurs partis, Benoît Hamon de Générations parlait de "Votation citoyenne", il y avait encore une possibilité de n'y aller qu'avec qu'une liste, le 25 mai prochain.

Malheureusement, même si les cinq pôles (PC, Générations, FI/GRS, PS, EELV) reconnaissaient que les dix priorités de Place Publique étaient un minimum, il n'y a eu aucun accord car ce qui pouvait être la concrétisation de l'acceptation de ces dix points, de fait, la Votation citoyenne, lancée par Benoît Hamon, aucun des quatre autres pôles n'a voulu répondre en positif à la concrétisation de ces dix points de Place Publique en union quintipartite. Le nouveau secrétaire du Parti Communiste, Fabien Roussel, lors du Congrès le 25 novembre à Ivry sur Seine, a été élu sur une base indépendantiste du PC par rapport au reste de la gauche et Yannick Jadot, leader européen d'EELV en France a depuis le lancement du Mouvement de Benoît Hamon, le 1er juillet 2017 été refroidi par des perspectives d'union, suite à la défaite de la gauche (+ le fait qu'EELV a l'habitude de se compter aux Européennes).

A partir de là , l'union de la gauche est devenue lettre morte. J'avais déjà évoqué , un moment crucial manqué, celui de l'année dernière où l'ancien premier parti de la gauche, le Parti Socialiste, pouvait jouer les arbitres de bienveillance. A Aubervilliers, on a vu et entendu dans la campagne, une envie de renouveau de la gauche , de "Renaissance" et même de Gauche Arc En Ciel.
Luc Carvounas, il faut souligner son courage, sa clairvoyance et sa justesse d'analyse a le premier, depuis août 2017, parlé de convergences nécessaires à gauche, ne fermant même pas la porte à la France Insoumise, au moins au début.
Mais bon, à peine quelques mois après les 19,58%, Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise se croyaient devenus hégémoniques et qu'il suffirait de ramasser les miettes des autres partis agonisants pour faire à lui son Epinay.
Même si, il faut le dire, lors des AmFIs (universités d'été de la FI à Marseille en août 2018), Jean-Luc Mélenchon a reconnu que le courant frexiste/frexeuro était dominant en 2017 dans son Plan B et que dorénavant, cela désignait davantage un rapport de force de type Chaise vide voire suspension de la contribution française à l'UE en cas crise gravissime. 

Et donc, Olivier Faure, élu Premier-Secrétaire élu par les militants le 29 mars 2018 et dont l'élection a été entérinée par le Congrès d'Aubervilliers le 7 avril 2018, a préféré vouloir reconstruire le Parti Socialiste sur une base identitaire et ne pas chercher à construire des passerelles avec les autres partis de la gauche, et pas même les deux courants et personnalités qui représentaient cette volonté d'ouverture sur l'extérieur du PS: Luc Carvounas de la Gauche Arc en Ciel et l'Union et l'Espoir d'Emmanuel Maurel. Le premier Secrétariat National n'a d'ailleurs été ouvert ni aux carvounassiens, ni aux maurellistes (et bien-sûr ni aux lefolliens). On a même assisté à une déchirure douloureuse du Parti Socialiste le mois d'octobre 2018, qui s'est terminée le 12 et 13 octobre par le départ d'Emmnauel Maurel puis de Marie-Noëlle Lienemann parce que le désaccord sur le PSE était trop fort:
-Olivier Faure soutenant le PSE malgré les choix politiques du SPD allemand et la candidature de Timmermans (issu de l'actuelle Commission Juncker)
-Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann disant à Olivier Faure qu'il fallait un PSE de gauche, ayant un candidat antilibéral ou bien suspendre la présence du PS au PSE.

Ce point est crucial car le PSE, le SPD (qui devra sortir vite de la Grosse Koalition), Timmermans représentent un centre-gauche et un centre (le SPD et le PvdA, parti de Timmermans seraient à droite en France) qui veulent bien s'allier au centre-droite, ne pas contester la politique austéritaire et libérale en Europe. Rappelons que Frans Timmermans, malgré le vote du PSE sur l'Intergroupe (volonté de confédérer les 3 groupes de gauche au Parlement européen) a dit qu'il ne serait pas contre une alliance avec l'ALDE et E.Macron.
Or cela est une barrière à la convergence, pour l'aile gauche du Parti Socialiste, le Parti Communiste, Générations, EELV, la France Insoumise. Ces partis font le constat que la triangulation, la centrisation et la blairisation de la social-démocratie ont tué électoralement les partis socialistes en Europe, or les ailes droites, elles disent "oui, mais on ne gère qu'au centre, avec un tant soit peu de libéralisme". Désaccord total. Donc en France, Olivier Faure a raté l'occasion d'écouter Luc Carvounas, d'aller voir Benoît Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon pour trouver une solution avec eux et converger en extirpant cette illusion de stratégie et donc de fait d'idéologie du centre-gauche.
Ce n'est pas avec l'hypothèse de l'ancienne socialiste de tendance centriste Ségolène Royal que ça pouvait marcher (proposition de novembre-décembre 2018). On se demande d'ailleurs que fait la présence de Cap 21, parti de centre-droite dans l'alliance avec le PS et Place Publique (qui a préféré un seul parti à tous).

Michel Rocard en 1993 avait montré la Méthode pour réunir la gauche, celle des Etats Généraux de la gauche pour aplanir nos différends et trouver des convergences. Convergences qui sont logiquement: Transition écologique à fond y compris dans l'économie (régulation étatique et européenne publique sur les entreprises), fin de l'austérité et fin de la stratégie du centre-gauche, politique de l'Etat acteur, interventionniste dans l'économie autour d'une stratégie planificatrice, dirigiste et avec des Services publics-monopoles publics et des possibilités de nationalisations, révision des Traités européens sur une base de l'intervention publique directe des Etats dans l'économie et Plan B uniquement sur une éventualité de Chaise vide voire de suspension de la contribution française à l'UE en cas de crise politique gravissime dans l'UE. La gauche européenne doit suivre ce chemin avec des Etats Généraux de la gauche européenne.

En dernière nouvelle, nous avons appris que le 18 mars 2019, une 6e liste issue de la gauche modérée, en la présence de Génération Ecologie, désormais présidée par l'ancienne ministre socialiste Delphine Batho. Nous allons donc et il n'y a plus de frein possible, tous les 6 pôles, dans le mur, le 26 mai 2019, nous allons, sauf miracle tous faire moins de 10 % et plutôt osciller en moyenne entre 5 et 7% par liste, alors que la gauche réunie représente pas loin de 26% et alors que le combat social (Gilets Jaunes...) et le combat écologique (Affaire du Siècle , Marche du Siècle, Grève pour le Climat...) n'ont jamais été mieux portés en France et en Europe (il y a des tensions sociales de partout, même si elles expriment à son plus haut point, actuellement en France). Nous sommes tous éco-socialistes et nous allons d'une manière ou d'une autre échouer. C'est triste et déroutant.

dimanche, février 10, 2019

Des convergences à gauche. Utiles, nécessaires, indispensables.

Récapitulatif des événements récents de la gauche, autour de l'idée d'unité:

Acte 1:
25 Août 2018, à Marseille, pour les journées d'été de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à Marseille avoue que son Plan B, symbole de Frexit et de Frexeuro n'est pas opérant et que sortir tout de go de l'Union Européenne serait une folie. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas pour une sortie, une révision très poussée des Traités qui veulent ceinturer avec une vision de droite libérale la moindre politique. Ainsi, appliquer la politique de la Chaise vide du Général De Gaulle
(qui peut fonctionner pour un grand pays clé de l'UE, mais malheureusement pas pour un petit Etat comme Malte ou Chypre, terrible constat de la Realpolitik)
Vous savez la fameuse "Règle d'Or" qui veut centriser et droitiser la politique en Europe, parce que ce serait la "Raison". Qui disait déjà qu'être contre le libre-échange, c'était "être pour le Mal"? Ah oui, un membre de la Commission Européenne.

Acte 2:
6 novembre 2018, Raphaël Glucksmann,  Thomas Porcher et Claire Nouvian créent le mouvement "Place Publique", suite à un premier appel en août 2018 puis en octobre 2018 et souhaitent rassembler toute la Gauche sauf la France Insoumise dans une liste unique pour les Européennes car il estime sur le fond, que le clivage populiste de gauche n'est pas opérant.

Acte 3:
24 novembre 2018, Olivier Faure, après une rupture fracassante et inutile avec Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, se rend compte que le PS est seul et que la gauche va à la catastrophe, dans On N'est Pas Couché, il en appelle à une démarche commune pour les élections européennes entre le PS, le PC, Générations et EELV, à l'époque en attendant et en proposant la candidature de Ségolène Royal. Il met à part, alors, la France Insoumise mais n'exclut pas le dialogue avec cette formation, pour plus tard, constatant de trop forts désaccords au sujet de l'Europe.

Acte 4: 
27 Novembre 2018. Jean-Luc Mélenchon met à l'écart, après une forte pression du courant gauche/communiste/néo-communiste de la France Insoumise Djordje Kuzmanovic qui pensait que le nationalisme de la gauche d'Europe de l'Est, pouvait venir en Europe de l'ouest et nourrir le débat idéologique, qui en tire les conséquences et quitte le Mouvement.Jean-Luc Mélenchon s'étant probablement souvenu des mots éternels de François Mitterrand "Le nationalisme, c'est la guerre."

Acte 5:
28 janvier 2019
Place Publique, voyant que la question n'avance pas, lance dans un meeting à Toulouse, "10 Combats communs": écologie prioritaire, suspension de tous les traités européens-bilatéraux de libre-échange dont le CETA, société respectueuse du vivant, rendre le pouvoir aux citoyens et aux parlements, contre les GAFAM et les paradis fiscaux, contre l'Europe lobbyiste de la finance, solidarité européenne envers les migrants, ISF européen, service civique européen de la jeunesse et contre les grandes coalitions avec la droite.
De quoi satisfaire les cinq parties prenantes des Européennes à gauche (FI-GRS, PS, Générations, PC, EELV). Olivier Faure reprendra le premier ce message.

Acte 6:
8 février 2019
Benoît Hamon, se rendant compte que sa stratégie soliste, ne suffit pas soit à être une évidence incontournable, soit à unifier autour de son mouvement Générations, lance sur France Inter, la proposition de la Votation Citoyenne (concertation fin février, vote en mars 2019) qui n'est pas une primaire mais un vote préférentiel, prenant en compte tout le monde de la FI jusqu'au PS et permettant d'arbitrer autour de l'union et autour de la ligne européenne à suivre.

...

La situation d'aujourd'hui , quelle est-elle? 
En lice, il y a cinq pôles qui souhaitent présenter, chacun, une liste et les estimations montrent que les scores possibles pour le 26 mai vont de 3% à 8% , désormais pour les listes de gauche, alors qu'en septembre, la France Insoumise était créditée de 14%, EELV de 9% . Certes, nous serons d'accord, les jeux ne seront faits que le dimanche 26 mai au soir, toutefois, force est de constater qu'il n'y a pas une envie énorme, une poussée de la gauche actuellement en France et que le débat est polarisé entre le centre-droite et l'extrême-droite. La gauche ne se remet toujours pas de sa défaite le 23 avril 2017 quand les insoumis et communistes ont certes réalisé une "Bayrou" avec plus de 19%, en 4e position, mais sans savoir que faire de cela= c'était le maximum d'un pôle néocommuniste et populiste de gauche indépendant du reste de la gauche. Sans parler des 6,3% de la gauche non FI (socialistes, écologistes et radicaux) qui ont clos le Quinquennat catastrophique.
A partir de là, l'intelligence collective aurait voulu que les deux pôles communiquent ensemble, mettent à plat leurs divergences, quitte à passer du temps sur le constat commun et un Inventaire pan-gauche et en organisant plusieurs sessions des Etats Généraux de la Gauche. Cet outil lancé par Michel Rocard en 1993, après une claque monumentale du PS aux Législatives (claque, comme en 2017, attendue de manière résignée) est le bon outil pour remettre les choses en ordre.
Il est vrai qu'à l'époque, l'Union apparaissait comme davantage "nécessaire" que les pôles politiques ne le pensent aujourd'hui. Du moins, les dirigeants et une portion de militants, car bon nombre d'électeurs non encartés et même une bonne partie des militants des 7 partis de la gauche (Radicaux de Gauche, PS, EELV, Générations, PC, GRS et FI) estiment à raison que seule l'unité, l'union permettra de dépasser cette entre-ouverture sur le Styx. Il va de soi que la ligne politique est bien différente parmi le PS, Générations, le PC ou la France Insoumise par exemple.
Objectivement les quatre partis qui se ressemblent le plus sont Générations, le PC, la GRS et EELV et si on dépasse la question stratégique (qui a son importance), on remarque que:
-les 4 partis ne veulent plus du PSE (Parti Socialiste Européen)
-les 4 partis veulent sortir des traités
-les 4 partis veulent la fin des traités de libre-échange UE/bilatéraux
-les 4 partis veulent donner une priorité à l'investissement, au social et à l'écologie
-les 4 refusent les coalitions avec la droite
-les 4 partis ont la position qu'il faut accueillir en urgence les réfugiés et autre migrants
-les 4 partis veulent que les parlements nationaux, ainsi que le Parlement européen aient plus de pouvoirs face à une Commission qui ne pourrait plus imposer une ligne libérale
-les 4 refusent les 3% austéritaires (maximum de déficit d'un budget national équivalent à 3% du PIB).
En réalité, on peut même parler de coeur de la gauche, le PS d'Olivier Faure s'accrochant encore au PSE, le PC mettant égal à égal l'industrie/le nucléaire face à l'économie écologique et la France Insoumise ne voulant pas , du moins, son dirigeant , Jean-Luc Mélenchon et une partie de la direction, abandonner la ligne populiste et la possibilité malgré tout d'un Plan B "Quitte ou Double".

Ces 3 positions sont donc idéologiquement et politiquement les trois freins à l'union: 
-le départ du PS du PSE (à cause de la droitisation du SPD allemand, actuellement en coalition avec la CDU d'A.Merkel et étant sur une ligne économique libérale)
-la priorité de l'écologisation des process économiques et énergétiques, car le PC défend et estime que ce sont des emplois et trouve qu'il n'y a pas encore d'alternatives à l'énergie nucléaire (sur ce point précis, il est vrai que les alternatives de masse et sur un grand territoire national sont balbutiantes)
-la fin d'une position de rupture à la dynamite en préférant une ligne action de choc à la Bakounine en mettant en exergue une révolution permanente , que ce soit sur la notion de Chantal Mouffe sur Peuple vs Elites ou bien Frexit/Frexeuro vs Europe du statu quo.

Pourquoi ces 3 positions sont à dépasser et à abandonner? La clarification du clivage gauche-droite doit traverser tous les partis et tous les groupements de partis européens, or le SPD a un positionnement de centre-droite, donc de droite alors que les électeurs de l'Europe entière, quand ils ont des positions de gauche revendiquent un protectionnisme solidaire et une Europe-providence; la question écologique est désormais plus qu'une urgence, et quand bien même il faut réindustrialiser, cela doit passer par des process vraiment verts et pas "green-washés" (illusion trompeuse de faire "vert"), cela veut dire que l'Europe et les Etats ont leur rôle à jouer dans l'élaboration d'un Traité européen de l'énergie, quitte à refaire un processus type CECA et dans le financement à haut niveau de la recherche non-carbonée et non-atomique (par exemple, l'hydrogène) et enfin établir que la priorité des partis puis des gouvernements de gauche arrivant au pouvoir est la sortie des traités actuels (car rappelant à chaque fois les passages libéraux de Rome, Maastricht, Barcelone et du TSCG) , quitte à faire la politique de la Chaise vide, comme le Général De Gaulle l'a fait mais aussi toujours en ayant en tête la logique proactive de lancer un Forum européen sur l'Economie et une UE alternatives, remettre sur le tapis à chaque fois la discussion en Conseil européen, lancer des consultations auprès des peuples en Europe (= quand les peuples disent quelque chose en référendum, cela compte, même si Sarkozy a osé contourner le Non au TCE de 2005 en faisant voter Lisbonne au Parlement; il n'en demeure pas moins que ce sont bien les mentalités des dirigeants politiques qui importent que ce soit :
-dans une logique technocratique et autoritaire ("on est là pour "dire le droit" et nos concitoyens n'ont rien à redire"): Sarkozy, Barroso, Juncker, Schäuble, Merkel, ...
-dans une logique du laisser-faire: Hollande,...
-dans une logique de volontarisme politique pour une Europe alternative et solidaire: Tsipras, Varoufakis, Magnette, Montebourg, Costa, Sanchez, Corbyn,... et au-delà de l'Europe: Sanders, Ocasio-Cortez, Mujica, Gillard, ... )

Donc je reviens à ma marotte, mais TARA (There Are Real Alternatives) est bien présente en opposition à TINA (There Is No Alternative). Les convergences sont possibles autour des 10 points de Place Publique, autour des 7 points communs que j'ai soulignés entre le PC, la GRS, EELV et Générations et en ayant bien conscience que les 3 points de blocage sont à prendre en compte afin d'aller sur une position centrale (donc en abandonnant ces 3 positions).
C'est ainsi que je juge très positif , 
le discours sur l'Inventaire d'Olivier Faure du 28 janvier 2019,
qui a enfin dépassé la volonté de ne pas déplaire aux lefolliens et hollandais aile-droite du PS,
mais aussi saluons la naissance le 2 et 3 février derniers à Valence de la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS),
qui apporte ce plus au débat, reprenant les idées d'Arnaud Montebourg, du protectionnisme solidaire et servant d'aiguillon socialiste marxiste (Lutte des classes, clivage gauche-droite) à la France Insoumise qui en a bien besoin
et enfin la proposition de Benoît Hamon du 8 février 2019, de "Votation citoyenne".

Ce qui reste à faire est qu'Olivier Faure continue la gauchisation du Parti Socialiste et que les lefolliens éclaircissent leur positionnement, soit en acceptant cela, soit en partant fonder un parti "constructif" de centre-gauche, ouvert au dialogue au centre-droite. On aura bien compris que la clarification à gauche passe par une mise de côté de la stratégie et la logique de centre-gauche qui n'est plus assez claire vis-à-vis de la réaffirmation du clivage gauche-droite que souhaite le peuple de gauche. Le PRG et les lefolliens ne sont plus majoritaires à gauche (car ceux et celles , en bonne partie, qui pouvaient soutenir cette ligne, sont partis au centre-droite chez LREM et ne reviendront pas), c'est l'abandon progressif de la stratégie populiste de la part de France Insoumise et c'est l'acceptation par l'entièreté de la gauche de la logique de Transition écologique. Les Radicaux de Gauche (RDG), ce dimanche 10 février 2019, viennent d'ailleurs d'annoncer leur participation à la "Votation citoyenne".
On voit bien que seule une Confédération de la gauche, avec les étapes de convergences de la ligne, de lancement d'Etats Généraux de la Gauche assurera le retour sur le champ de bataille de la Bataille culturelle sociale, solidaire et égalitaire en France d'abord et espérons en Europe et au-delà! 



lundi, septembre 24, 2018

Analyse du texte "La Gauche est l'avenir de l'Europe" (majorité fauriste du PS servant de base pour la négociation européenne et le vote interne du 11 octobre)

Pour référence , voici le texte présenté par la majorité fauriste du Parti Socialiste, (et voici où en est l'état des négociations avec les autres courants): La Gauche est l'avenir de l'Europe


Prémisse de mon analyse en Préambule
Le texte dont le lien est supra, croise les remarques et l'analyse des députés européens, des différents grands élus, des participants à la Ruche et de la commission interne pour piloter la préparation des élections européennes de 2019 (composée des 4 courants). On peut d'ores-et-déjà assumer que c'est un texte très lucide sur la situation de l'Europe/UE.


Enfin, après dix ans de retard et le Congrès de Reims, le début de la crise et le vote du Traité de Lisbonne au Parlement, on a une véritable évolution de la position du Parti Socialiste.
Rappelons que le vote sur le Traité de Lisbonne a nié l'expression solennelle du Peuple français , qui s'est exprimé contre le Traité établissant une Constitution Européenne (TCE) en 2005 avec près de 55% et qu'on nous l'a refait passé, comme si le Peuple français était mineur. Ceci demeure un véritable scandale démocratique (ce qu'un référendum a fait, un référendum doit le casser)!


Le Parti Socialiste a décidé de réviser ses horloges et de donner l'heure juste, c'est un texte réaliste (sans lyrisme fédéraliste à 27), tout en étant combattif sur les valeurs et critique sur l'Union Européenne telle qu'elle est aujourd'hui, sans enjoliver.


L'introduction
L'entrée en matière du texte revient sur les travers que subit l'UE. Le libéralisme est clairement identifié comme le revers , certes démocratique, du nationalisme, tout en maintenant la hiérarchie (libéralisme étant une doctrine scandaleuse mais démocratique; le nationalisme étant le fruit de l'extrême-droite). Le libéralisme est vu comme un écueil à éviter à tout prix et le texte parle même de remise en cause de "la concurrence sans limite", admettant par là qu'on aurait pas dû toucher à nos services publics monopolistiques (et rappelons que même Michel Rocard voulait le maintien d'entreprises publiques, d'intervention directe dans l'économie et du Plan consultatif mais donnant une vraie perspective). Sont pointés du doigt les libéraux comme adversaires et les nationalistes et autocrates comme ennemis: Erdogan, Xi Jing Pei, Poutine. Trump est également cité pour sa présidence irraisonnée donc dangereuse contre la "Bataille pour l'Organisation de la Planète" pour reprendre un vocable rocardien.


Il y a un oublié: la catastrophe du Brexit, qui menace aussi bien la Grande-Bretagne que l'Europe. Ce processus fou a déstabilisé l'économie et l'unité du pays et secoue malgré tout l'Europe. Le Brexit donne un argument justifié à l'indépendance de l'Ecosse (on avait promis avec le Non de l'Union que la perspective européenne de l'Ecosse, serait respectée en 2014... peine perdue) et tout aussi sensible, la menace de la cohésion de l'île d'Irlande qui a de bonnes relations entre ses deux parties depuis 1998 et les Accords du Vendredi Saint.


Le Parti Socialiste bat sa coulpe et par entremise, celle du Parti Socialiste Européen (PSE) en avouant que le socialisme européen a été naïf avec l'idée du centre-droite et les alliances avec la droite. Il s'agit là en effet d'un poison mortel de décomposition de la gauche car cela casse la véritable possibilité d'alternative (soit la grande coalition , soit l'extrême-droite) en mettant de facto en valeur l'extrême-droite nationaliste et populiste.


Le corpus central du texte: les quatre parties
-> Les quatre parties sont l'Europe puissance, l'Europe pour les Européens (buts de l'UE), l'Europe par les Européens (démocratisation) et une série de propositions


*L'Europe puissance
Force est de constater que ces dernières années, le PS s'est plié ces dernières années, à la vision allemande du SPD qui renâcle de la vision d'une Europe puissance , par atavisme (peur d'un impérialisme incontrôlable type Bonaparte voire fasciste) et par intérêt: le maintien des autres pays sous l'influence de l'Allemagne, par son économie exportatrice, permet à l'Allemagne de dominer l'ensemble européen, si on fait de la Realpolitik et de l'analyse de cas géopolitique. La sphère d'influence large de l'Allemagne dans l'UE est là pour le prouver: Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) + l'Autriche et les Pays-Bas. C'est aussi pour cela que l'on a humilié la Grèce, il ne fallait pas, Ô Grands Dieux, toucher aux intérêts des banques allemandes et montrer que le duo Merkel/Schäuble était inflexible et intraitable (pour servir d'exemple), aidé de l'adjoint alors travailliste (il est passé dans le camp de la droite désormais) le Ministre des Finances néerlandais et de l'Euro, Dijsselbloem!
La manière dont a on a traité la Grèce a été un véritable scandale démocratique , cela a violé sa souveraineté! Les Européens se sont bandés les yeux sur leur propre responsabilité: qui a accepté la Grèce dans l'Euro, si ce n'est la Commission et les autres chefs d'Etats? On aurait fait cela à la France ou l'Allemagne, l'un des deux pays serait parti de l'UE et aurait lancé des représailles économiques et financières contre l'UE et ses membres en propre. Elle est loin l'idée qu'on avait humilié la France en 1815 et l'Allemagne en 1919... (pour les résultats que cela a donné en 1939, concernant l'Allemagne)
Le Parti Socialiste ose donc, dans ce texte passer à autre chose: affirmer l'Europe puissance, oser l'Europe des cercles et estimer que les traités commerciaux de Libre-échange sont à bloquer si les critères sociaux, climatiques et environnementaux ne sont pas strictement pris en compte. Pourquoi avoir attendu dix ans pour voir ces évidences? ... On se le demande!


*L'Europe pour les Européens
Cette partie est plus classique, car elle aborde l'idée d'impôts européens et d'une ambition véritable à donner pour le budget européen (investissements dans la Transition écologique, le numérique et la jeunesse)
*L'Europe par les Européens
Egalement classique, cette partie se borne à demander le renforcement du Parlement européen, en faisant de lui toutefois, un Parlement de plein droit égal du Conseil européen (vieille revendication du TCE).
*Les propositions
La proposition phare, qui n'est pas dans les 2e et 3e parties, est la création d'un Office de l'immigration européen, qui vise à traiter humainement les migrants et à sanctuariser le droit d'asile en Europe.


Au final, mon analyse du texte
Comme dans tout texte partisan politique, il y a l'apparent, le concédé et la zone dure (celle que ne veut pas concéder l'auteur). Olivier Faure avec l'aide de son adjoint Boris Vallaud ont infléchi sensiblement la position traditionnelle du Parti Socialiste. Va t-on vers du néo-aubrysme? Est-ce un faux semblant? En quelle mesure les lefolliens (beaucoup plus Troisième Voie, position exogène vis-à-vis du socialisme français; la Troisième Voie est anglo-saxonne ou allemande, pas française; la France demeurera toujours un Etat universaliste, étatiste et colbertiste) ont-ils une influence sur l'appareil et la ligne? On peut faire le pari qu'Olivier Faure va vers le retour aux sources mitterrandistes (l'aspect nationalisations en moins; l'aspect d'Europe des cercles par exemple en est une illustration) ou plutôt d'ailleurs jospiniennes. On reste certains qu'Olivier doit réussir cette synthèse entre Première et Deuxième Gauches et replacer sur l'échiquier le keynésianisme militant pour une économie publique et dirigiste. S'il n'y arrive pas, ce sera une fin du PS à la SFIO et sa mort, car le Parti ne survivra pas à une quatrième claque de force "intersidérale" (après les hécatombes de 1993, 2002 et 2017). Cela veut dire qu'avec les quatre autres partis majeurs de la gauche, en entamant un vrai dialogue avec les partenaires de gauche, dans le but, à terme, d'amorcer un nouveau Programme Commun (France Insoumise, Europe Ecologie Les Verts , Générations, Parti Communiste Français) , il faut qu'Olivier Faure affirme le leadership de la gauche plurielle française en Europe, en cassant la règle des 3% (en demandant au moins un rehaussement de la barre à 5%), en sanctuarisant les budgets de l'éducation et de la santé, en reprenant la main sur les Services publics (l'exception sociale française du monopole) et en demandant au SPD de provoquer des élections législatives anticipées dans les deux ans, car ils n'ont pas à être la courroie de transmission de la CDU. Olivier Faure va t-il arriver à réaliser cette feuille de mission, bien chargée et pourtant indispensable?