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vendredi, janvier 04, 2019

La Lorraine et les Lorrain-e-s, une Nation et un pays qui s'ignorent

Ce matin, sur Facebook, je regardais les publications et je suis tombé sur cela: https://www.facebook.com/RegionsetPeuplesSolidaires/photos/a.1697677736911921/2437247999621554/?type=3&theater ,
une publication de bonne année du Parti confédéral européen, confédération de différents partis autonomistes, Régions et Peuples Solidaires, allié aux Verts au Parlement européen.

Ma première réaction fut le contentement et une certaines satisfaction de voir ces messages en différentes langues de France, le fait que je respecte et que j'apprécie les travaux de ce parti confédéral qui agit pour une meilleure reconnaissance des langues minorisées, pour faire avancer l'idée d'autonomie. Ce qui en tant que fédéraliste pour la France (et pour l'Europe) me correspond assez.
Je précise que le fédéralisme est une manière d'aborder la décentralisation et la régionalisation que je trouve importante, car cela permettra , dans le cadre de notre culture nationale et politique française, d'avoir des vraies régions fortes dans un Etat et une République girondines et je pense que l'autonomie doit d'adresser à tous les territoires et pas spécifiquement aux territoires à particularismes régionaux ( que les autonomismes estiment être des Nations politiques), c'est en cela que je parle de fédéralisme et non pas d'autonomie.

J'avais écris un article à ce sujet en 2016 où je mettais en point de mire les points communs et les différences entre l'approche fédéraliste et l'approche autonomiste: Ma réponse à Roccu Garoby, Président de l'Alliance Libre Européenne Jeune sur « Pourquoi la France n'est ni "une" ni "indivisible" » .

Puis j'ai eu une deuxième réaction quand j'ai vu, plus précisément, le fait qu'il y avait un message de bonne année en luxembourgeois, pour mentionner la Moselle.
-La Moselle, département français de l'ancienne région Lorraine, aujourd'hui faisant partie du Grand Est, compte en effet plusieurs langues autochtones et régionales (en plus du français), au nombre de cinq: le luxembourgeois (région du Thionvillois et du Sierckois, soit en Moselle-Ouest), 
le franconien mosellan (de la région de la Nied, soit en Centre-Moselle), 
le franconien rhénan (en Sarre lorraine: région de Sarrebourg-Sarreguemines-Forbach-Bitche, soit en Moselle-Est), 
l'alsacien à Dabo et bien-sûr le  lorrain roman au sud du département.-
Celle qui m'a fait penser que la Moselle n'est pas "une région" à part ou bien encore qui n'est pas dans "l'Alsace-Moselle" mais bien en Lorraine.

Il existe en effet deux approches de la question mosellane:
-soit estimer qu'elle fait partie de la Lorraine, ce qui est la pensée majoritaire des Mosellans et des autres Lorrains (il suffit de voir les nombreuses références économiques, entrepreneuriales, associatives, culturelles, touristiques à la Lorraine en Moselle et bien-sûr à Metz, qui je le rappelle était la capitale régionale de 1982 à 2015 et demeure toujours la préfecture référence en Lorraine en ce qu'il s'agit de l'organisation régionale grand-estienne (nom quelque peu barbare, s'il en est); le drapeau lorrain flotte, non par hasard à côté du drapeau messin, français et européen sur la façade de l'Hôtel de Ville à Metz) ;

-soit estimer que le passé récent de la Moselle comme composante de l'Alsace-Lorraine comme territoire de l'Allemagne (1871-1918) avec son héritage: droit local, communauté de destin, existence d'une culture germanique et germanophone ancestrale font que la Moselle devrait aller avec l'Alsace et former une région (et pourquoi pas autonome, d'Alsace-Moselle; position du parti autonomiste "Parti des Mosellans") [A noter que quand ils utilisent le vocable germanophone, le Parti des Mosellans se sert d' "Elsass-Lothringen", qui est le nom historique de ce qui fut un territoire autonome de 1911 à 1918 : on voit là, la contradiction, avec l'usage du vocable allemand de Lorraine (Lothringen) comme s'il y avait deux Lorraines, parce que deux domaines linguistiques] .

Ma position va vers celle de l'unité de la Lorraine. Pourquoi?
Ceci pour quatre raisons :
-historiquement la Lorraine est née de la scission du premier royaume de Lotharingie, dit de Lothaire (qui a d'ailleurs donné son nom à la Lorraine, étymologiquement; royaume de 843 à 855), redivisé dès 855 (Traité de Prüm), cédant le royaume de Bourgogne (correspondant à la Vallée du Rhône et aux provinces la jouxtant) pour finir "mangée" par la Francie et la Germanie en 870 au Traité de Meersen (donc sa partie septentrionale, allant de la Suisse aux Pays-Bas actuels) et la naissance officielle de la Lorraine se fait lors du partage de la Lotharingie entre Haute et Basse-Lotharingie en 959.
La Basse-Lotharingie correspond aux Pays-Bas et à la Belgique actuelle, sans peu ou prou la province du Luxembourg belge; la Haute-Lotharingie, c'est la Lorraine mais plus grande qu'actuellement puisqu'elle se composait de la Lorraine, de la Sarre allemande, du Luxembourg indépendant, de la province belge du Luxembourg et du pays de Coblence et Trèves;

-l'argument du morcellement de la Haute-Lotharingie au fil des siècles, ne crée immédiatement ou nécessairement de nouveaux pays, cela va être le cas du Grand-Duché du Luxembourg , mais que bien plus tard, comme le démontre l'historien luxembourgeois Michel Pauly, professeur à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) dans son ouvrage sous forme de précis, publié aux éditions de l'ULB (1ère édition en 2011, 2è édition en mai 2017) qui montre que jusqu'au Traité de Londres en 1839, que le Luxembourg aurait pu basculer du côté belge et à partir de là, ce nouvel Etat amputé de la province belge du Luxembourg (et qui n'a plus le Thionvillois, conquis par la France en 1659) a construit alors patiemment et indéfectiblement son identité.
Ceci est l'exception luxembourgeoise, car ni l'Etat de la Ville libre de Metz, ville d'Empire depuis 1180 (c'est-à-dire qui ne dépend plus juridiquement du Duc de Lorraine mais de l'Empereur directement lui-même, lui conférant une qualité d'Etat), ni l'Etat ecclésiastique des Princes-évêques de Trèves-Coblence ne vont imposer durablement leur identité, si ce n'est comme identité communale. Pour prendre l'exemple messin, nombreux des évêques de Metz, mais aussi de Verdun sont issus de la Famille Ducale de Lorraine. Metz se trouve donc économiquement, culturellement, historiquement en Lorraine et même à certains égards politiquement sous une relative influence ducale lorraine jusqu'à son annexion par la France en 1552 et quand la province française de Lorraine est formée en 1766, à la mort accidentelle du dernier duc de Lorraine, Stanislas Leszcynski, Metz, Verdun et Toul rejoignent alors la Province qui retrouve son unité.
La question du Duché de Bar (correspondant au sud-Meuse et au centre-Meurthe-et-Moselle, ainsi qu'un petit bout des Vosges, à Bleurville et Lamarche) est celle d'un duché non souverain d'apanage pour une branche cadette des Ducs de Lorraine, qui perd son autonomie en 1419.

-le fait que la situation de bilinguisme (parlers oïl/parlers germaniques) n'est pas juste un héritage ou une conséquence logique qui a amené les Prussiens à réclamer l'Alsace-Lorraine de 1871 à 1918, mais bel et bien l'héritage de l'Etat souverain bilingue de Lorraine, car ce qu'on appelait le Baillage d'Allemagne, correspondant à la partie germanophone et dialectophone du Duché souverain de Lorraine (Centre-Moselle et Est-Moselle actuels, de Boulay à Bitche) montrait que l'Etat lorrain avait intégré et accepté le bilinguisme officiel car la langue administrative pour ce Baillage était l'allemand à l'écrit et les franconiens mosellan et rhénan à l'oral.

-la Lorraine germanophone est très principalement franconienne (parlers moyens-allemands), tandis que l'Alsace est très principalement alémanique (parlers hauts-allemands), c'est une différence culturelle et régionale de taille, correspondant à la même différence qui existe en Bade alémanique et en Palatinat franconien, imagine t-on faire un Land Palatinat-Bade-Wurtemberg du fait de liens historiques qui sont réels? Non, il en va de même pour la Lorraine qui n'a pas tout à fait le même passé ni étatique, ni socio-culturel que celui de l'Alsace. Ainsi, quand on voit que le drapeau utilisé pour différencier la Moselle de l'Alsace sur la carté illustrée de Régions et Peuples Solidaires, est le drapeau du Reichsland autonome d'Alsace-Lorraine, à savoir le Rot un Wiss alsacien avec une Croix de Lorraine jaune en haut à gauche (ce qu'on appelle le canton en héraldique et en vexillologie), on voit immédiatement la contradiction. C'est avant tout le drapeau de l'Alsace et la référence à la Moselle passe par la Croix de Lorraine, symbole de la Lorraine unie, étant le symbole de Croisade du Duc de Lorraine (et reprise ensuite par la branche royale des Anjou en Hongrie, car il y a eu des mariages entre les deux familles, angevine et lorraine). La référence officielle de la "Lorraine" (c'est-à-dire la partie lorraine prise par l'Allemagne en 1871) demeure les trois merles lorrains blancs sur bande diagonale rouge allant de gauche à droite sur fond jaune dans les armoiries d'Alsace-Lorraine allemande. Le drapeau de la Moselle reste donc celui de la Lorraine et le drapeau armorié du département de Moselle (reprenant les différents fiefs historiques).

                                                                 
Cela veut donc dire que la Lorraine et les Lorrain-e-s sont une nation culturelle et historique, qui a même correspondu à un Etat de 959 à 1766 (contrairement à l'Alsace, ce qui ne l'a pas empêchée d'être dès l'origine, un pays différent), progressivement rogné et affaibli par les velléités seigneuriales ou des pouvoirs locaux (comtes de Luxembourg, ville d'Empire messine, cousins ducaux de Bar) mais surtout convoité dès 1552 par la France qui a dépecé progressivement cet Etat pour l'annexer totalement en 1766. Rappelons que la France de Louis XIII a envahi la Lorraine, de 1633 à 1641 puis sous la France de Louis XIV de 1670 à 1697. Qu'après on ait des souhaits pour elle d'autonomie ou pas, c'est un choix mais il est certain que si sortie du Grand-Est il y a, ce qui est à mon sens, préférable, cela se fera en tant que Lorraine à quatre départements.

Rappel vexillologique: 

Drapeau lorrain








Drapeau armorié de Moselle







. 





Drapeau (officieux) de l'Alsace-Lorraine autonome
(1911-1918)











samedi, avril 21, 2012

Alors, souverainisme ou pas souverainisme?

Nous sommes à la croisée des chemins: le Bloc québécois a fortement baissé dans sa représentativité parlementaire après les élections fédérales en mai 2011, Thomas Mulcair un Québécois a été élu chef du NPD face à un autre Québécois, Brian Topp, Jean Charest n'en finit pas de s'enfoncer (en ces temps, à cause de la grève étudiante) et le Parti Québécois est en mesure de gagner les prochaines élections nationales.

On est donc face à un contexte inédit au Québec et au Canada. Les Québécois se rendent compte que ça pourrait être intéressant de rejoindre la Constitution, en échange bien évidemment des 5 points requis par le Québec du Lac Meech. Les autres provinces,notamment de l'ouest pourraient réclamer plus de pouvoir. On aurait alors un fédéralisme plus décentralisé. Ce serait une nouveauté au Canada depuis 1867.
Toutefois, gardons bien en tête que le Québec reste le Québec et on peut dire la même chose de l'Acadie. Il existe une fierté irrépressible des Québécois et des Acadiens de leur identité. Bien-sûr, ça ne vit peut-être pas au quotidien. On ne se lève pas tous les matins en disant "je veux un pays", mais il suffit de voir le nombre de drapeaux fleurdelisés à Montréal, y compris sur les façades des maisons ou français à étoile jaune brandis par les Acadiens. Si certains Britanniques conquérants de l'Acadie en 1713 ou du Canada français en 1759-1760 croyaient en avoir fini avec les Français, pensant pouvoir les convertir au protestantisme, les assimiler à la langue anglaise et à une vision britannique, c'est raté. Et tant mieux!
Non, la fierté nationale des Canadiens français ne se vit pas quotidiennement, sauf bien-sûr dans le fait de parler français, une fois par an lors de la Saint-Jean Baptiste et la Sainte Marie, mais plus par à-coups. Par à-coups? En effet, les Canadiens français se réveillent quand on veut leur imposer une constitution sans garanties, quand on bafoue la loi des langues officielles alors que les services devraient être strictement bilingues intégraux. Là, la moutarde monte au nez et d'un coup resurgissent les tristes moments des Canadiens français (le Grand Dérangement, la défaite, le rapport Durham, l'exécution de Louis Riel...).
 Le Québec particulièrement, parce qu'il est l'endroit de la plus forte concentration canadienne française est à la croisée des chemins. En effet les perspectives électorales futures vont décider pour longtemps de l'avenir du Québec, de l'Acadie et de tout le Canada français.Il va y avoir les élections nationales au Québec. Il se peut que Pauline Marois devienne Première-Ministre et elle a compris que pour assurer l'avenir du Parti Québécois que l'essence de son parti, c'est amener la souveraineté. Donc sauf changement de dernière minute, le Québec aura à se prononcer, pour la 3e fois en près de 40 ans sur son avenir et le fait de savoir si l'Option Québec, l'indépendance est à proclamer, par référendum, d'ici 2020.
Il existe actuellement dans les sondages un taux de près de 43 à 45% en faveur de l'indépendance, ce qui est important. En même temps, on ne peut cacher une chose que démontre bien Mathieu Bock-Côté dans son ouvrage "Fin de cycle" sorti en février 2012: le cycle de la Révolution Tranquille se referme sans avoir abouti à l'indépendance, les Québécois se demandent pourquoi faire l'indépendance et sont très hésitants entre rester au Canada ou devenir indépendants. On peut dire que dans le coeur les Québécois sont d'abord Québécois, mais pour des raisons de contingence historique, économique, ils sont plus pragmatiques et sont Canadiens de raison. Si le Québec décide de voter oui, les choses seront réglées.  

Quel est "l'avantage comparatif" qui ferait qu'il soit mieux d'être indépendant? Tout simplement la fierté retrouvée, celle d'être ouvertement sans se justifier d'être Canadien français, dépositaire de l'héritage la Nouvelle France. En cela , je suis totalement d'accord avec Mathieu Bock-Côté: l'identité canadienne française et québécoise, ce n'est pas la Révolution Tranquille, mais c'est les 400 ans d'histoire du Canada français depuis la fondation de la ville de Québec par Champlain et même le premier voyage de Jacques Cartier au Canada en 1534. Et je rajouterais, il s'agit bien d'une identité plurielle canadienne française et pas uniquement québécoise. Je n'ai jamais compris cet égoïsme qu'ont certains souverainistes québécois à s'en ficher des Acadiens, des Franco-Manitobains... Toutes ces composantes sont dans le même bateau et toutes sont issues de l'héritage de la Nouvelle France.

En revanche,si le 3e référendum vient à échouer , près de 150 ans après la naissance de la Fédération canadienne en 1867, on peut dire que l'indépendance ne sera plus un sujet politique au Québec
.
Et du point de vue fédéral? Une bonne partie des gens de l'ouest rocheux et prairial est en colère permanente et pavlovienne contre le Québec et ses "profiteurs", mais ils ne peuvent pas comprendre, ne VEULENT pas comprendre qu'eux, ils sont majoritaires et les Canadiens français minoritaires. Et qu'un minoritaire n'a pas les mêmes réactions qu'un majoritaire. Ces personnes conservatrices ou libérales ne comprennent pas que jamais les Canadiens français ne céderont et qu'ils se sentent telle une diaspora , dépositaire d'une culture, à la manière des juifs, des Arméniens ou des Chinois du monde. Etre français en France, c'est confortable; être français au Canada c'est juste une déclaration existentielle. C'est la même chose pour les anglophones d'Afrique du sud ou les russophones d'Estonie. Ca, ça ne changera jamais. Autant les prévenir.  

Le Québec dans le cas d'un non à un 3e référendum devra se poser la question et la poser au fédéral, de l'autonomie (dans les domaines fiscaux, les ressources, peut-être la santé et bien-sûr l'indépendance linguistique: en clair, seule la Cour supérieure du Québec pourra statuer sur la Loi 101 et plus la Cour suprême du Canada, ce sujet-là ne regarde que le Québec). Bien évidemment les autres provinces ont le droit de demander plus de pouvoirs et que l'on aboutisse à un système fédéral plus décentralisé, à la carte. On dit "ce n'est pas changeable", "il faut 90% du corps électoral"...tout est possible quand quelqu'un demande le divorce, le conjoint peut se montrer magnanime pour garder son conjoint et qu'on se le dise RIEN n'est JAMAIS impossible en politique, tout peut être crée ad occasionem .

 C'est à mon sens, cela que doit défendre le NPD et Thomas Mulcair, dans le cas d'une arrivée au pouvoir à Ottawa.
Je pense que dans un cas ou dans l'autre, il n'est pas horrible qu'un peuple demande son indépendance et il est beau également que deux composantes parmi les plus historiques puissent enfin se comprendre et aboutisse à un fédéralisme apaisé. Cette deuxième solution est aussi possible.